Jeudi 2 juillet 2009
 

Une femme, danseuse, actrice a fermé la porte, l'a laissée entrouverte. Lorsque... il y a plusieurs années, je suis sortie de l'école du TNS, j'ai hésité à frapper chez elle, Pina Bausch.
Ce que j'ai écrit en allemand sera peut-être traduit... J'ai lancé un appel :




Schauspielhaus

 

 

 

Weh mein Röslein Kind

sag mir wo die Nelken sind !

Knie frei fragt Rosa immer wieder :

na ja wenn es jetzt in Portugal

hellen Orangensaft gibt

darf ich bitte bitte

übers blutige Meer

meine lange lange Armen

tanzen lassen ?

 

Weh dickköpfiger Knabe

hast den runden Mond verschluckt !

Im Schatten mutterseelenallein grübelst du :

wo steckst du dich, Lederhöslein ?

Erbarmung für meinen Po !

Bitte bitte vergib mir

Dichter,

aber mehr Licht

gibt's nur im Theater.

 

Hör'

Schritt für Schritt

Augen in Augen

wie die leichte Frau

wahnsinniger Schwan

die Hintertüre schliesst...

Hör'

Schritt für Schritt

Wort nach Wort

wie die Toten

im Schauspielkleid

auf die Bühne tretten...

 

Heute wird's geheult

Morgen wird's getanzt.

 

Par emmanuelle grangé - Publié dans : à vous - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Lundi 22 juin 2009
Sur toutes les photos, son nez coule, autour de sa bouche, les moustaches gamines déclinent les batailles avalées et rangées de la journée. H. donne du souci à sa mère sise quai de la R..., du fil à retordre à son père bd B... et beaucoup de discussions assoiffées lors de raouts. C'est une casse-cou en récréation de maternelle, une poétesse en classe -ce que rapporte la maîtresse qui s'y connaît- : elle dévisse les copains sur le toboggan, elle ne murmure que les voyelles en classe ou prou. Les labiales n'ont jamais vu le jour. Ca provoque un cri d'âne, un regard intense, celui de Fayoum, anh, les fameuses couleurs dégoulinant des lèvres ourlées... Peut-être, en fait, n'est-elle jamais née ou est-elle déjà morte ? ...et la culpabilité, l'indignation des parents. D'orthophonistes en chamans, en guérisseurs, en souffrances diverses et vulgarisant, elle finit par entrebâiller toutes les consonnes, elle écrit; parler est toujours difficile et approximatif. Le jour où elle met des pierres dans ses poches et descend dans la rivière, je reçois d'elle une dernière bourrade sous le préau de la cour et un mot parfumé de myosotis, silence. Manquerait plus qu'j't'oublie, Hannah !
Par emmanuelle grangé - Publié dans : histoire de famille - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Dimanche 21 juin 2009
Je voulais              
                écrire                      
                         cela :

j'occupe mes mains d'habitudes
je vois les voisins des menus plaisirs
j'entretiens des assemblées aimables
je m'y ennuie un peu moins
je les oublie vite en lisant surtout et par exemple...
j'entends mes amours
je ne peux travailler plus de quatre heures à ma quête
la tête s'embrouille c'est d'un pénible !
parfois je perds enfin ce moi
j'entrevois une lumière
c'est possible c'est long c'est tout,

mais

un homme me tendit presque son paquet de cigarettes,
mon amour dit, c'est Romain Gary en très vieux
-j'approuvai-
du pied à la rime il n'y avait qu'un pas;
je préfère cependant l'arase à la majuscule
et le soi cherché, éclairé en petit
grossissant laborieux en optimiste,
oui, tel celui des écoles de mer !

Maintenant

ma tête effleure la haie
une longue péniche traîne du sable
habile, elle franchit le cap de la Tournelle
illuminés, nous buvons un rosé goûteux
sur le halage incendié
pas l'ombre d'un chat ne perturbe le zénith
ni même envisage un lendemain.
Par emmanuelle grangé - Publié dans : à vous - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
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Jeudi 11 juin 2009
Macbeth 1952 
  
    Elle s'ennuie des beaux mots tout comme des images enluminées. C'est que
dans sa chambre le papier peint entourloupé pend, qu'on y retrouve l'empreinte
de doigts, de crayon qui ont bravé cette frise convenue depuis le baptême de l'air.
C'est que sous la moquette bouclée et grattée par ses mains se décolle
une couche de linoléum et sous le béton, le crâne du voisin ?
C'est que la pièce ne résonne jamais assez large de ses cris. Alors elle fait des trous.
Elle chignole la tête des passants proches, pour les plus lointains, au mieux,
elle les empêche de dormir las, elle vrille leurs méchantes façons de marcher sous le ciel, la tête dans le cou, le menton sur le sternum, les mains dans les poches.
Elle balance ses miaulements à la lune. Et pan ! la tapisserie, et pan, la vitre :
pauvre oisillon, le voici punaisé ad vitam d'une vocalise inouïe à son nid mâchouillé -j'en passe et d'autres exemples plaqués-.      
   Comme enfin, bien des efforts après, le bleu murex teinta le corps époumoné
de la jeune fille qui un jour s'était prise de langueur pour des murs
et d'amour pour l'air de la somnambule de Macbeth !
Épilogue : où l'on ouate et cloue un cercueil pour que dérésonne la voix d'une jeune fille, où d'une flambée restent un numéro au colombarium et des sirènes en mer Égée.
 

Par emmanuelle grangé - Publié dans : à vous - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Dimanche 7 juin 2009

Il ne sera pas dit qu'à l'ombre d'une douleur gisent deux tulipes
qu'un être vous manque
et que s'en retourne la terre.
Il trombe des cordes à déraciner Yorik
et d'autres crânes moins volubiles.
Il va sans dire mot, le drôle.
On a beau coller les mains les unes aux autres,
rien ne bouge, blanc sur rouge: il faut gratter la caboche jusqu'au vert,
l'hiver ne peut quand même pas engluer toutes les mémoires !
Au large des yeux clos cahote une embarcation
pas plus large qu'une jambe arrachée, aussi longue qu'un battement d'écoutille.
Au fond de l'oeil, une paille,
au creux de l'oeil, un point d'humeur
à la paupière, un goût du jour irisé par les belles,
au dessous du même oeil, un sillon d'alluvions.
La terre rétrécit, il faut apprendre à nager !
Penser par soi-même, disait elle
et elle encore embrassée avant la flamme,
si froid, ton haut front,
me pardonnent le regret éternel que j'ai d'elles.
Ci dorment sur une oreille mes mères, et leur ventre gronde la terre.
Par emmanuelle grangé - Publié dans : à vous - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Vendredi 29 mai 2009
 

Peau de banane

 

Que restera-t-il d'une peau de banane

sinon

une partance en samba

un carnaval de sucre

un orphelinat

ci, donde, une glissade

une photo en bateau-mouche

et tout ce que l'imagination désabusée transportera d'espoirs hachés en ligne de flottaison

du bleu clos de la porte à l'envol des cigognes

des marins gelés de Honfleur

un arsenal de cartes postales ?

Que nous restera-t-il en digital ?

Une empreinte douce

pour mettre à la bouche

un deuxième bouton à faire sauter

-un abcès de larmes amidonne les mantilles-

des ongles en deuil grondés

un peigne mouillé à raviver les accroche-coeur

-tant de roulis emportent la grève-

le cou cajoleur du chat

les marronniers battant de l'aile sur le lit

et la persienne inclinée.

Et s'il nous restait

un peu de zeste givré à agacer la muse qui un matin...

une poignée de courage

un bout d'épaule à l'enfant

un soupir embrassant enfin la rue

un clou de girofle à infuser dans un coeur

un crawl pêcheur de Jonas

un encore épinglé sur une corde à linge agitée

le verbe contre le poing

un cil sur l'autre enfin apaisés ?

 

 

(en ce moment je lis Le discours amoureux de R. Barthes, « c'est immense » dit le non acteur, je dis « c'est volumineux ».)

 

 

 

 

 

 

 

Par emmanuelle grangé - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Mardi 26 mai 2009

Je voyais l'arbre pousser sur le balcon d'en face, frêle et agité. En peu d'années, son faîte dépassant le mur du bâtiment fut à contre-jour. Je voyais ainsi, au soleil, et des feuilles argent et des feuilles noires et une autre déclinaison d'ombres en basse saison. Le soir, un homme agitait un mouchoir après avoir arrosé cet arbre. Les gaz du parking juste en bas devaient l'incommoder. Ou jetait-il un signe au voisinage ? Je connaissais cet homme pas très grand, un peu rond; il tenait le kiosque à journaux près du métro. Tous les matins, il me lançait « quel temps demain, hein, quel temps ! » et presque mon quotidien dorénavant boudé depuis qu'un jour on me fit remarquer en arrivant à l'étude les traces noires que l'encre laissait sur mon visage et depuis que la rose s'est avachie un matin tiède et que... Il parlait de demain comme d'un germinal, enfin, j'avais cette impression-là. J'ai cependant longtemps continué à lui acheter du papier glacé sous forme de carte postale, de supplément DVD, de Mon jardin, ma maison, d'Inrocks, de pastilles violette de Toulouse, que sais-je, j'invente à l'infini. C'était mon passe-droit et l'absolution de ma pudeur nécessaires pour regarder plus que d'observer ce 7e étage arboricole. C'était à l'époque où je m'enfermais dès ma servitude à mon emploi de clerc de notaire terminée dans mon cagibi bureau; je positionnais ma chaise à distance idoine du vasistas, mes pieds sur le guéridon, la planche à dessin sur mes cuisses. Je voyais ma main noircir le papier et l'arbre et son propriétaire maigres feuillages longilignes en marche. Je me demandais même si nos rendez-vous clandestins n'étaient pas de l'ordre du peintre et de son modèle. Nous nous souriions tous les trois, hypermétropes, au même moment à distance respectée. Du moins j'y croyais. Seuls les enfants bruyants me martelant l'heure du dîner pouvaient remettre en place ma nuque contemplative; je lapais avec eux la soupe de saison, sans bruit, hein !
On me raconta, bien plus tard, comme un événement extraordinaire, et j'habitais alors comme par hasard un hameau du lac de Côme, riche et ancêtre, que des pluies acides avaient pétrifié un homme et son arbre, d'un seul coup d'orage, dans le 20e arrondissement de Paris. Je penchai la tête vers une pile de revues, mais n'y trouvai qu'un chat, famélique dirait-on. Dans mon souvenir, il agite un mouchoir et me console.




reçu ce matin une photo de mon ami acteur Jean-Guy Birota

Par emmanuelle grangé - Publié dans : à vous - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Mercredi 20 mai 2009

La nuit est là, place de la République pareille
Des voiles glauques je parle
tu me dis tes yeux couleur huître
je ne suis pas sûre du compliment
et bats des cils trop fardés
De jeux de mains je retiens celles du serveur hombre
pressant le citron dans le shaker
Comme la lune, ce point non remarquable,
est rabougrie
comme les jours n'arrivent pas à s'effilocher
comme le donnant succède au donnant
comme l'interrupteur appelle la paupière close
et les sens si je veux quand tu peux
Ah ! Cette ivresse sombre des amants
Là où Barcelone retrouve ses plages arrosées d'accordéon
et mon maillot dégoulinant sur les civelles promises
sous le manteau
Et le caviar à Varsovie !
La nuit est là, place de la République pareille
Un homme en smoking propose
Blue moon
Comme le monde, ces gens funèbres, dîne
comme la musique ne se détache pas du clavier
comme la main écarte la coquille vide
comme les décolletés se flétrissent
Je porte à ma bouche le dernier pétoncle
lorsque tout s'éteint
que je m'engoue
j'entends dans la pénombre
happy birthday
je ne suis sûre que de ta main
qui essuie la traînée noire de ma larme
Surgissent une lumière et un taxi :
- Où allez-vous, Colombine ?
- Au carnaval de Dunkerque ! Presto !

Par emmanuelle grangé - Publié dans : allez, des poèmes - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Samedi 16 mai 2009

Si de vous il m'inspirait d'écrire, sans vous, comment ? De nos lèvres loquaces et balbutiantes comme à la première fois.
Faites les premières fois toujours !
Il y aura encore des klaxons impatients
et des files d'attente de rimes fatigantes, soit.
A l'aveugle ce sera toujours vous,
et ce premier baiser qui réveille la peau.
Ce goût de vous
qui m'apprenez à votre façon de bras ouverts
à n'avoir peur que de la prudence, de la bienséance.
Nous ne sommes guère efficaces, ne paradons ni en plumes ni en papillons.
Regardez encore comme ce cours est beau,
et son couloir pour taxis, et l'affiche du grand magasin,
comme nos yeux divaguent sur l'ordinaire jour,
comme votre profil concentré se découpe dans la nuit, comme je vous prodigue l'élan que vous me donnez.
N'attendez pas le détail, il ne cligne que dans les commissures et la surprise de nous.
Et si un jour nous arrivons à saluer, depuis la route des chèvres perchées dans les arbres, les mouettes becqueteuses de sardines, tant mieux, nous écrirons d'Amogdul une carte postale en chronochrome.

Par emmanuelle grangé - Publié dans : Ca commence ainsi et ça se poursuivra - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Jeudi 14 mai 2009

Das einfache Kind*

 

 

 

Il ne faisait rien
ne remuait pas l'ongle diaphane
ni ne faisait sauter sa cervelle blanche
de-ci de-là
dans la boîte fragile extra lucide
de membranes à tous crins
Il ne parlait pas
continuait à battre d'un cil cardiaque
D'autre temps il n'y avait eu
jusqu'à preuve d'autre mémoire
Les gens l'exhortaient
à agiter de la moindre inclinaison opaline
son appartenance à ici
pour eux
les mobiles
les pensants
les vifs vivants agités
Il gardait en nuit blanche
sa main
qu'on posait selon les jours les saisons les visites
sur sa cuisse sur la table sur la paille de la limonade
en marque-page
Il roulait
là où ils voulaient
au bord des nymphéas au pied de la tour Eiffel
sur la muraille de Chine à Zanzibar
lui ne désirait rien depuis toujours
Seul le vent malin agitait les cheveux de sa boîte.

 

 

 

 

*en allemand, il y a trois genres : le féminin, die, le masculin, der, le neutre, das. Pour l'enfant, on dit « das Kind » Das einfache Kind : l'enfant simple

Par emmanuelle grangé - Publié dans : allez, des poèmes - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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