Adviendrait le frimas. Février serait le mois le plus froid.
Pas comme se le rappelait ma mère haletant dans la neige.
Avec le grand chien Ajax au bidon de lait accroché à son cou.
Le liquide renversé sur le tapis nature, le poil de la bête jappant.
À la joue de ma mère à genoux dans la neige.
Ajax sous le manteau, son museau frottant le mohair.
Le sourire de la femme, ses yeux mi-clos léchés.
Ses cheveux blond cendré lisses voletés par le chien.
Pas comme les miens.
Sur les bords du Neckar gelé, pas que lui, eux aussi.
Est-ce ainsi que les chiens aiment puis repartent
en février d’une année, le lait aux babines
trop retroussées pour l’avènement ?
Piquée de jacinthes écloses, la commode se gonflait de layette
D’un hochet grelin grelin
D’une photo de chien.
Un chien loup, disait-on alors, un berger allemand.
Pas comme l’étoile, mais quand même, aurais-tu pu dire
au garde-chasse qui flatta la bête
avant de l’emmener, roulent les larmes,
au pied de la tour de Hölderlin
chez un boucher comme dans la nouvelle de Zweig,
pas comme en littérature mais presque.
Ça ne rassure pas et c’est joli.
Adieu lait rapporté aussitôt renversé sur les coteaux de Tübingen.
Elle me parla de toi, commis épicier aboyeur,
Dans une de ses histoires qui bordaient mes nuits.
Elle me montra du doigt, c’est pas joli,
l’homme et la bête qui dormaient près du Imbiss Bratwurst.
Ne l’oublie jamais, disait-elle.
J’enfouissais mon museau sous son manteau et n’oublie pas.
…
Bon sang, mais où est-elle, la photo de toi au ventre rond et d’Ajax dans la neige
à quelques pas de ma naissance ?
Entends-tu, y es-tu ?
Bon anniversaire, Jeanne-Gabrielle, j’aimerais t’embrasser et le dire sous ton pull.
Encore.
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