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11 mai 2015 1 11 /05 /mai /2015 12:45

 

 

Tu diagnostiques l’oïdium, il a beaucoup plu, il a fait soleil et les nuits sont plus fraiches que tes aspirations au jardin suspendu où les feuilles sont d’un vert mais d’un vert, très charnu, très dentelle, c’est selon tes goûts, on en raffolerait, en redemanderait un instant comme on passe sous l’eau glacée le légume cuit croquant pour qu’il demeure vert vert petit pois.

De fait, tu écris ça pour dévier, de fait parce que faut pas déconner avec l’oïdium, tu vas pulvériser les feuilles blanchâtres de 1/10e de lait, de 9/10e d’eau au soleil déclinant, pas avant.

Tu as dit merci, bravo comme on dit merci, bravo quand les actes se suffisent à eux-mêmes. Tu dévies par ta botanique quotidienne, ça te laisse le temps de la respiration, tu as vu le théâtre avec ce que tu aimes le plus au théâtre, ses questions, ses propositions, ses sans-réponses, à chacun son autel, avec ce que tu aimes par-dessus tout au théâtre, l’approche au plus près des sens après réflexions. Tu as vu Le chagrin orchestré par Caroline Guiela Nguyen (*), ça commence sans paroles, comme dans une église péruvienne empilée sur les Incas moins les dorures et les verts, mais pareil avec des ex voto si nombreux que tu ne peux les détailler, ça commence dans un espace clos bleu ciel vierge Marie avec quatre acteurs zinzins et de la poussière de terre et d’étoiles, tu mets de suite ton intellect’ au garage sinon t’es mal barré, tu vas encore dire, ça non, ça, c’est pas possible, « c’est too much », tu vas encore prétendre que tu connais le théâtre, tu la fermes, tu regardes. Tu vas entendre les acteurs se répondre – il y a cette entente formidable entre les acteurs. Tu comprends très vite qu’ils veillent un mort qu’ils ne peuvent enterrer, c’est difficile d’enterrer, c’est pas maintenant, c’est sans date, c’est jamais, on fait comme on peut, on demande au cinquième acteur qui troue l’espace en entrant s’il veut bien participer à la jardinière de fleurs, on lui dit qu’on verra ensuite pour la forme du cercueil, on lui dit qu’il y a une fuite d’eau, que c’est lui l’expert, on lui avoue qu’on ment un peu parce que parfois quand on dit on est malheureux à la famille, la famille est encore plus malheureuse que vous, c’est toute une tragédie, tu vois ?

Hier je n’ai pas eu le temps ou j’ai oublié de pulvériser de lait et d’eau les chèvrefeuilles oïdiumés, j’ai parlé à mon amie qui a chuté dans la rue qui a une double fracture de la cheville, je ne pouvais la voir pour cause de fuite d’eau dans l’immeuble, c’était l’anniversaire de mon père mort en …, vraiment je ne me souviens pas, juré, craché, mais des commentaires mémères pontifiant sur le seuil du théâtre, « je soutiens Caroline Guiela Nguyen même si son Chagrin, là, c’est moins bien que Violetta ou Elle brûle » – mémère a tout vu et soutien-gorge – « t’as toujours été aussi rousse ? » – mémère que tu renvoies à ses roses, le bleu de Caroline Guiela Nguyen, c’est autre chose, en rien de vulgaire, de comparable, en immédiateté.

 

 

(*) Par la compagnie Les Hommes Approximatifs / Mise en scène Caroline Guiela Nguyen / avec Dan Artus, Caroline Cano, Chloé Catrin, Violette Garo, Mehdi Limam / Scénographie Alice Duchange / Costumes Benjamin Moreau / Création sonore Antoine Richard / Collaboration à la composition musicale Teddy Gauliat-Pitois / Création lumière Jérémie Papin / Création vidéo Quentin Dumay /Dramaturgie Mariette Navarro / Collaboration artistique Claire Calvi / Suivi artistique Julien Fišera / Production Les Hommes Approximatifs / Coproduction La Comédie de Valence, CDN Drôme-Ardèche ; Centre dramatique régional de Tours – Théâtre Olympia ; La Colline – théâtre national ; La Comédie de Béthune, CDN Nord-Pas-de-Calais ; Théâtre de la Coupe d’Or, scène conventionnée de Rochefort ; Avec le soutien de la DRAC Rhône-Alpes, ministère de la Culture et de la Communication, du Conseil général de la Drôme, de la Ville de Valence, du collectif 360 et des Subsistances, Lyon.

 

 

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Published by emmanuelle grangé
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commentaires

l e b A b e l 11/05/2015 18:17

C'est bien les écritures vivantes…

Jean-Marc 11/05/2015 14:52

un très beau texte, un texte qui a ta voix, et le théâtre, que je ne fréquente pas assez, pourtant chaque fois, c'est vivre qui prend de l'acuité, c'est vivre "saisi"

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