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7 juin 2015 7 07 /06 /juin /2015 16:13

 

 

 

 

 

L’appareil photographique qui pourtant n’était pas braqué sur moi me fit tourner la tête d’abord vers l’homme puis dans la confusion de certains souvenirs dont on ne retient que le doux, le bon rien que le bon parce qu’on y a survécu.

Je le reconnus, et comme je lui souris pour de bon, que je me dirigeai vers lui, il me reconnut vaguement ou feignit, aimable. Il pencha la tête pour m’examiner, il sourit.

Je me levais de ma chaise, quittais la terrasse ombragée de cette ville caniculaire du Vaucluse touristique.

Je dus déranger l’ordonnance de son décor, il laissa reposer l’appareil photographique autour de son cou. Il était coiffé d’un chapeau de toile. Il penchait la tête et se souvint peu à peu, bien plus doucement que moi, quelques difficultés et détails de plus.

J’avance vers lui. Il m’arrive d’approcher ainsi un animal, un oiseau qui penche la tête, qui n’est pas dupe, le chat de ma voisine, par exemple. Au chat, je parle, à l’oiseau aussi, cuicuicui. J’avance vers l’homme, je lui souris. Le bon rien que le bon.

Je suis presque tout près de lui penché. Il dit, ta bouche, c’est ta bouche ! je dis, tu photographies alors, il demande, tu veux bien ? je réponds, mais oui.

Nous sommes sur scène, il est percussionniste, phénoménal, j’effeuille les titres des tableaux de Miro, ils sont longs et appris par cœur, nous improvisons, la bouche aux gestes. Nous transpirons, nous collons à la peau l’un de l’autre.  En coulisses, nous parlons un yiddish, un allemand, un français approximatifs, comme nous trébuchons hors scène ! En voiture, nous raccompagnons un vieil acteur, la nuit dure, nous nous reconnaissons, nous regardons et nous taisons.

Assise de nouveau à l’ombre, l’homme photo malade claudiquant disparut et son crâne de toile et ses détails de plus.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'aile de l'alouette encerclée... Miro, 1967

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Published by emmanuelle grangé
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commentaires

Jean-Marc 01/07/2015 16:55

"Je suis presque tout près de lui penché. Il dit, ta bouche, c’est ta bouche ! je dis, tu photographies alors, il demande, tu veux bien ? je réponds, mais oui."
Tout est là!

emmanuelle grangé 09/06/2015 12:32

une chère précieuse lectrice a pointé un temps imparfait dans tout ce passé simple, ce présent, je lui ai répondu qu'il était voulu, maintenant et grâce à elle, je le trouve tout juste coquet

l e b A b e l 17/06/2015 18:26

je crois la reconnaître, et si c'est bien elle, elle a, tacitement ou non, souri à l'invasion du présent.

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