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19 juillet 2015 7 19 /07 /juillet /2015 17:47

 

 

 

 

On dégoulinait en attendant la navette qui nous conduirait à 2000m, qui ne démarrait pas. C’était en France là où tout se fige c'est-à-dire partout, à Clochemerle. C’était à 35° fillette que tu roulais ta valise jusqu’à la terrasse à peine tiède du centre ville, que les Savoyards encostumés chapeautés se pavanaient comme si de pas de canicule dans les rues  avec quelques collègues des Andes et d’ailleurs. Y avait plus qu’à mâcher ton coca aux glaçons à la paille préférant ta situation d’attente et les dernières pages d’un Le Clézio à la rumba folklorique. Tu as même traîné ton attente à l’ombre des boutiques en soldes mais tu n’as pas trouvé la paire de sandales.

Tu as visité la salle d’attente, les toilettes de la gare dont les robinets dégorgent une eau uniquement chaude. Tu es enfin dans le bus idoine et tu attends, tu as ouvert le clapet climatisation au-dessus de ta tête et tu éternues. Tu pars de longues minutes plus tard. Tu découvres un paysage que tu connais sous la neige que tu détestes – tu viens d’un pays de neige. C’est vert tendre, vert pâlot, vert jaune cramé, bleu caraïbes, tu distingues même des fleurettes mauves, blanches, citron, il te semble entendre les cascades, c’est frais comme la jeune femme qui t’attend à la station Lac tout là-haut, la jeune femme blonde blonde au visage hâlé, celle-ci que tu connais depuis…, qui rêvait d’une maison, d’un cheval, qui demandait s’il te plaît s’il te plaît un perfecto, un vrai de vrai, pas un de mauviette, hein, dont la voix chantante si claire te tourneboule depuis…

Il te faut quarante-huit heures pour ne plus avoir le mal de tête du matin, tu t’accoutumes à l’altitude : tu écartes le rideau des fenêtres qui n’a pas empêché le soleil de te réveiller, tu es ivre – tu t’accoutumes –, tu as le poster montagne devant toi, tu te recouches, tu regardes, tu regardes.

Tu chausses des souliers de marche, tu t’arrêtes à chaque fleur, la montagne est pleine de fleurs et de papillons, tu ne sais combien de kilomètres, tu montes, tu descends, tu vois un lac, tu le perds.

Tu fais le tour du lac d’en bas, une fois, deux fois, moult fois, tu t’assois sur un banc, tu vois des pédalos, c’est désuet comme l’été à Berlin au bord du Wannsee, c’est toujours différent, tu ne t’en lasses pas, tu ne penses à rien, crois-tu.

Tu retrouves quotidiennement la jeune femme, vous parlez, vous riez, vous marchez ensemble souvent. Tu t’extasies sur la rousseur des bancs de sable de l’Isère bleu curaçao aux Brévières. Elle t’offre un bouquet d’edelweiss en tissu, elle sait ton engouement pour ces veloutées blanches que tu ne verras jamais.

La nuit tu as juste les yeux qui picotent, qui pleurent, c’est parce que tu n’as pas les bonnes lunettes de soleil dans la journée, mon enfant. Quand les pensées t’assaillent, les marmottes crient qui te ramènent à l’instant où le ciel devient orange et la montagne protectrice. Tu es sur le balcon, pieds nus, à force, tu distingues la roche tarentaise de la voûte étoilée, bleu sourd profond, bleu têtu. Tu ne sais combien de minutes. Tu as le vertige. 

 

 

 

 

 

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Published by emmanuelle grangé
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commentaires

dreux 20/07/2015 07:53

comme tu sais bien prendre par la main sans perdre de vue sensations et paysages....

sybille de Bollardiere 20/07/2015 06:10

Je voyage aussi avec toi, o combien merci !

l e b A b e l 19/07/2015 22:19

Et au soir venu, étonnamment heureuse de dormir couverte, tu regarderas Jules et Jim, pour mettre du noir et blanc sur la couleur et de la nostalgie sur le présent.

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