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30 septembre 2015 3 30 /09 /septembre /2015 17:54

 

 

 

 

J’aimerais relayer Pierrot au volant, j’en aurais la force, mais je n’ai jamais passé le permis, je me suis toujours laissé trimballer. Je n’ai pas peur en voiture, la naïveté de ceux qui ne savent pas, entière confiance. Pierrot me parle parce qu’il a vu que j’ouvrais les yeux. Il propose de sortir de l’autoroute du Soleil pour nous dégourdir. Je pense que c’est délicat « dégourdir » et qu’il a faim et qu’il ne m’imposera pas le déjeuner. Comment va-t-il se débrouiller de son appétit légitime et de mes haut-le-cœur ?

Le studio est impeccable, le store à mi-hauteur de la fenêtre, pas tout à fait incliné, histoire de faire croire à ma présence, de débouter les éventuels visiteurs amis, qui me penseront en goguette quotidienne, ou indésirables. Pierrot est prévoyant, attentif, soigneux, calme, méticuleux, sérieux, casse-couilles parfois mais c’est pour mon bien, propre sur lui, dodu, toujours rasé, le cheveu rare qu’il plaque savamment du sommet du crâne au front, ni beau ni moche, il inspire la sympathie rien que la sympathie, il a quitté femme et enfants parce qu’il n’aime plus sa femme comme un mari doit aimer son épouse, tu comprends, toi, François. Il leur a évidemment tout laissé, le pavillon d’Asnières, la Peugeot break, le livret Épargne, il aimerait revoir de temps en temps les enfants mais il faut laisser l’eau couler sous le pont, c’est pas gagné, soupire-t-il. Il fait des heures sup pour la pension alimentaire, il donne des cours privés de maths aux enfants de riches, très bien payés. C’est Lotfi qui nous présente. Pierrot détonne dans la boîte de nuit, ses cheveux se rebiffent, ça le contrarie, ça se voit, il ne sait que faire, juché sur un tabouret de bar, de ses petites jambes, il boit un Schweppes surtout sans rien dedans pas même un glaçon. Il s’appelle Pier-Jean Granier mais depuis qu’il a quitté Asnières, il préfère Pierrot, Pierrot tout court. Dans le mois qui précède mon départ de France, je rencontre un ange.

Il se débrouille très bien, mon ange. Il se gare dans le parking de l’auberge, il y a un bout de piscine entourée de chaises longues et personne dedans, on entend des bruits de couverts et beaucoup les cigales. Il a réservé une table sous la tonnelle, il a tout prévu, les kilomètres depuis Paris, les bouchons, les haltes pipi et ma cyclothymie. Je nageote, je fais la planche pendant que Pierrot se restaure, je sors de l’eau, je tartine de tapenade un morceau de pain que je mange sur le bord de la piscine, les pieds dans l’eau, je réclame une mauresque qu’on m’apporte, c’est quoi ces arbres, des micocouliers, ah, connaissais pas. La tête me tourne. À Barcelone, Juan et moi avalons un bout de poulet et retournons nous baigner, il y a une vieille très grosse assise sur un pliant qui joue de l’accordéon rien que pour nous parce que nous partageons la bouteille de Rioja avec elle, c’est plein de sable dans les assiettes, plein de gosses joyeux sur cette plage qui n’existe plus depuis les Jeux olympiques. Pierrot a fini de déjeuner, il m’attend, je sais, je prends mon temps, tout m’est dû.

 

 

 

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Published by emmanuelle grangé
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