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6 décembre 2015 7 06 /12 /décembre /2015 23:49

 

 

 

 

Thomas, tu es mort hier. Tu n’as pas vu les résultats des élections, au moins ça. Étais-tu déjà à l’hôpital ce 13 novembre ? Bénédicte ne me l’a pas dit, je ne lui ai pas demandé, Valérie m’a rapporté que tu ne supportais pas la morphine.

 

Thomas le doux, c’est ainsi que je te vois à Strasbourg, à L’Ange d’or : nous jouons tous les deux dans une adaptation de La Cuisine d’Arnold Wesker, en amateurs – sans doute aimons-nous déjà un tantinet le théâtre ? Philippe, Ahmed étaient là aussi, les autres je ne sais plus, j’ai oublié… Je ne sais comment nous en sommes arrivés à envisager le concours du Théâtre National de Strasbourg, toi en section régie, moi en section jeu. Ensemble ou presque. J’ai en tête de présenter Le Bouc de Fassbinder et La Nuit des assassins de José Triana.  Nous répétons peu, nous ne savons comment répéter, je suppose. Je joue les femmes, tu joues tous les hommes. J’apprends le texte, tu as le texte en main. Nous n’avons peur de rien. Nous sommes des étudiants. Je crois que nous sommes curieux avant tout. C’est ça. Je ne te suis d’aucune aide pour ton concours régie. Ils sont intrigués par toi : vous vous présentez en jeu ou en régie ? Ben en régie, Manu, c’est mon amie, dis-tu. Chacun, ensemble nous réussissons, nous entrons dans la fameuse école – fameuse, nous n’en savons rien. C’est nouveau pour nous.

 

Tu es Thomas le doux, tu as une crinière brune. Tu as des yeux bruns, un sourire bons. Tu es doux, même dans tes rouspétances.

 

Puis nous nous croisons rarement. Parfois un ami me rapporte ton éclat de rire : si Manu est comédienne, c’est grâce à moi ! Tu lui diras, hein !

 

Notre pudeur, on dira ça.

 

Je me rappelle quelques-unes de nos errances, en tournée. Je n’arrive pas toujours à te suivre.

 

Valérie me parle de toi à l’association. Tu y es magnifique. Je n’en doute pas.

 

Je ne vois pas tes cheveux blanchir. Ils t’auréolent sur cette dernière photographie. Tu es si doux là encore, Thomas

 

 

 

 

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Published by emmanuelle grangé
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commentaires

Benoit Henriet 07/12/2015 21:35

"Le chômeur est malheureux" d'apprendre la mort de Thomas. Je le faisais sourire en essayant d'imiter l'accent alsacien et en me brûlant la figure dans le fond de la cuisine. Puis il m'a marié, assurant la régie d'une cérémonie de fauchés avec légèreté et bonne humeur. Pourtant un jour de pluie, le 3 octobre 1981. Adieu Thomas, trop tôt c'est sûr. Rideau.

emmanuelle grangé 09/12/2015 09:28

Benoît, tu peux me joindre par courriel si, etc.

l e b A b e l 07/12/2015 13:07

je lis à la frontière de l'impudeur...

milena knejevitch 07/12/2015 00:37

....Effroi tout à coup : est-il possible que ce soit le même Thomas Pitre que "le mien" ami de ma rue que je rencontrais parfois au café de la rue de la Villette ,19éme ,et n'avais pas revu en effet depuis un mois ou deux ? Ce beau texte sensible semble correspondre en effet ,mais personne dans le quartier pour être avisé ? je tremble ....Doux jusque dans ses rouspétances c'est exactement ça ..;Dites moi que je me trompe ! Oh ,non ,ce serait trop de tristesse ...Pouvez vous me répondre s'il vous plaît ? Bien à vous Milena Knejevitch

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