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16 mai 2016 1 16 /05 /mai /2016 12:52

 

 

 

 

 

 

 

 

Un mot entraînerait un autre mot… « La facilité vient en commençant, comme la vie et la mort… il suffit d’être bien décidé. C’est en parlant qu’on trouve les idées, les mots, et puis nous, dans nos propres mots, la ville aussi, le jardin, on retrouve peut-être tout, on n’est plus orphelin.[*]»

Les citations m’ennuient, aujourd’hui je continue à apprendre celles de Ionesco, ce ne sont plus des citations, c’est un marais captivant qui deviendra joyeux, fluide, nôtre – je détournerai les flaques, toujours révérencieuse –quand je le traverserai par cœur, il reste un petit mois avant la première répétition.

Nous ne sommes pas des bœufs, je ne suis pas une vache. J’apprends, je rempote l’euphorbe, je fais gaffe aux épines, je les vois tendre vers le ciel, piquer du nez vers la terre, les points de suspension sans majuscule après, cet après-midi j’irai au cinéma, auparavant j’aurai fait griller de l’aubergine, du poivron jaune, je les parsèmerai d’huile d’olive, de piment d’Espelette – il faudra redire à Alexis que j’ai épuisé son origan unique. « Il m’avait bien semblé entendre des barques… *» Le rhododendron explose rouge sur la terrasse. « J’ai peur quand même… Qu’est-ce que je fais là ?... *» (nb : ici majuscule après les points de suspension)

J’ai revu E. l’autre soir, nous avons dîné, causé. De plein cœur. Ensemble. Il faisait doux après la pluie. Dehors.

S. a fini par s’offrir un palmier et deux rosiers, un blanc et un rouge ; de ma fenêtre je les vois. J’aime bien S., c’est un joli voisin ; même s’il n’aimait pas la cuisine et l’horticulture, je l’aimerais bien, je crois. Il a un joli visage qui plonge dans l’âme. C’est sérieux mine de rien. Comme cet homme qui m’a proposé de jouer Les Chaises, que je connais un peu.

Le père et la fille ont un léger différend quant à la circulation de l’information dans les médias. Elle : On parle de la France, de la Belgique, très peu de l’Afrique ! Lui : Mais pas du tout ! Nous sommes d’accord à propos du vinaigre balsamique suffisant sur les légumes grillés.

Je photographie les plantes au printemps sur la terrasse, pas tous les jours mais presque – elles se déploient entre deux averses –, le rhododendron, le Ronsard, la digitale, les hortensias, les trémières, les clématites, le convolvulus, le rosier orangé, le lilas, la livèche, la mélisse, l’euphorbe, les plantes grasses, les œillets, les campanules, la vigne vierge, le sophora, … c’est beaucoup, cinquante-deux pages A4 aux pétales, pistils tous différents, timides encore, froissés, retors, à repasser.

« — Ça va, ça va… je fais ce que je peux… je ne suis pas une mécanique… Qui sont-ils tous ces gens-là ?

— Asseyez-vous, asseyez-vous, les dames avec les dames, les messieurs avec les messieurs, ou le contraire, si vous voulez… Nous n’avons pas de chaises plus belles… c’est plutôt improvisé… excusez… prenez celle du milieu… voulez-vous un stylo ?... téléphonez à Maillot, vous aurez Monique… Claude, c’est providence… Je n’ai pas la radio… Je reçois tous les journaux… ça dépend d’un tas de choses ; j’administre ces logis, mais je n’ai pas de personnel… il faut faire des économies… pas d’interview, je vous en prie, pour le moment… après, on verra… vous allez avoir tout de suite une place assise… mais qu’est-ce qu’elle fait ? Plus vite, Sémiramis…

— Je fais de mon mieux… Qui sont-ils tous ces gens-là ? *»

  

 


[*] Les Chaises, Eugène Ionesco, 1951

 

 

 

 

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Published by emmanuelle grangé
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commentaires

Jean-Marc 06/06/2016 14:18

Formidable chronique, d'accord aussi avec le balsamique, où en es-tu de Ionesco? Ça va? Et Tanger te manque...

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