Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 septembre 2016 4 01 /09 /septembre /2016 17:40

 

 

 

De fait tu n’oublies pas, c’est comme le vélo. Sauf que tu n’as pas le casque des sportifs, sur les berges de Charente, qui te doublent sans un regard (t’as pourtant la robe au vent, non ?) ; tu peux donc valser dans les ajoncs, ni vu ni connu, ou te prendre une caillasse en pleine tête – tu pourrais alors oublier un peu, beaucoup, passionnément…

Tu gardes le meilleur pour la fin quand vieille à la chandelle, l’œil définitivement humide, tu te gobergeras des souvenirs lointains, égrillarde parfois, tremblotante toujours des premiers émois.

Bref.

Tu es allée voir C. à la demande de C. donner un coup de main à C. chez lui pour une traduction allemand/français. Il t’arrive de revoir C. à l’occasion de spectacles, d’enterrements. C. et toi vous êtes connus à l’école du Théâtre National de Strasbourg. Tu te souviens très bien. Un jeune homme mince, châtain blond foncé.

Vous avez travaillé et beaucoup parlé. En bas de l’immeuble parisien, une piscine municipale, tu pourrais revenir avec ton maillot. Tu avais ce pressentiment : E.C. est morte il y a deux, trois ans, cancer du pancréas.

 

Tu habitais le douzième arrondissement, tu rendais visite à E.C. dans le neuvième. Tu aimais beaucoup. Vous parliez théâtre et de la soie qu’elle peignait. Vous dîniez d’épinards et d’œufs durs. Elle était brune, une mèche noire sur son grand front blanc, de Bar-le-Duc. Ou de poulet frit dans le restaurant américain. C. te dit qu’il y buvait du champagne, c’est possible, tu ne sais plus. Tu te souviens d’un antre haussmannien, des livres, de votre face à face, de cet échange agile entre femmes pudeur. Son hospitalité. Elle n’est jamais venue chez toi. On venait toujours chez elle. Tu ne sais comment pourquoi quand vous avez arrêté vos rendez-vous. Tu sais maintenant qu’elle est morte, elle avait changé d’appartement, C. te l’apprend. Si tu as bonne mémoire, E.C. était bibliothécaire au Louvre.

 

Tu as revu B., étudiant à l’école de journalisme à Strasbourg, dans le métro, station Reuilly-Diderot, tu n’as pas osé l’aborder, à quoi bon. Tu l’as bien reconnu. C’était un très bon danseur.

 

Parfois tu as cherché. Souvent ton amie Carola Goldstein.

 

Tu gares ton biclou sur le vieux ponton Zodiac en bord de Charente, tu les distingues tous, emmêlés, charriés, grouillant dans ta balance pleine de crevettes, chacun à sa manière, fugitifs, en clapotis argent dans la nuit américaine.

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by emmanuelle grangé
commenter cet article

commentaires

Jean-Marc 15/09/2016 14:44

Samedi dernier, j'ai revu M-F.elle sortait de la librairie où je m'apprêtais à entrer. En fait elle m'a revu, m'a salué, j'ai marqué un temps puis lui ai fait la bise. Cela faisait bien trente ans qu'on ne s'était vus, très rapidement nous avons fait le point, très rapidement l'essentiel, 10 minutes pas plus, une autre bise, je suis entré, ai trouvé un recueil que je ne cherchais pas, suis revenu dans mes pas, étonné de cette légèreté du souvenir.

l e b A b e l 02/09/2016 13:59

C'est très étrange ces lieux qui reviennent sans cesse nous tarauder la mémoire…

Présentation

  • : chantier traverses emmanuelle grangé
  • chantier traverses   emmanuelle grangé
  • Contact

Recherche