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5 mars 2017 7 05 /03 /mars /2017 17:10

 

 

 

 

 

 

Entre le petit-déjeuner et la rencontre quotidienne avec ses élèves, il lui reste quinze minutes : elle s’installe sur le canapé et lit.

 

Elle a recouvert le livre de papier cristal, un fichu en coton fleuri autour du cou, des lunettes, un cabas à ses pieds, assise sur la banquette du métro, c’est un livre de bibliothèque, je distingue le code-barres.

 

L’allure d’un poids plume, un anorak vert, l’index adroit sur la liseuse.

 

Il nous arrivait de ricaner de sa lecture obligée ; j’avais en main, allongée, Les solidarités mystérieuses ; chacune son sofa, son livre, dans le séjour, sous la lumière d’un après-midi à Tanger.

 

La grande savait lorsque la petite ne comprenait pas : la petite avalait le mot ou la phrase abscons. La grande proposait, je lis une page, tu lis la prochaine, tu me dis quand tu ne comprends pas, je t’explique.

 

L’enfant préférait Gros-Câlin à Harry Potter, la mère était très fière.

 

Le soir, maman me lisait Les Malheurs de Sophie, c’était toujours trop court, alors j’appris à lire toute seule, je crois…

 

Il recopie le texte dans un carnet qu’il emporte avec lui, dans la poche de sa veste, sur le cœur.

 

Il avait une loupe sur sa table de travail, une autre sur son chevet, une troisième près du fauteuil, il oubliait dans la cuisine ses lunettes qui ne servaient qu’à déchiffrer les modes d’emploi sur les boîtes de conserve.

 

Grand-père est russe qui offre tout Maupassant et le peu de Griboïedov à sa fille qui me parlera de Bakounine.

 

On peut tout lire d’un coup, ce sont des scènes, on peut enfiler les scènes comme des perles. Il y a une photographie pour chaque scène qui porte un titre. Il y a un titre qui chante trois fois, « La maison où j’ai grandi ». Le matin, la lectrice savoure le café chaud et une vignette de Scènes de la vie tangéroise de Roland Beaufre, doux, crissant, souriant. À chaque jour, sa scène et son image en léger décalé.

 

Il lit à voix haute Marguerite Duras, avec cette chaleur, ce ventre, cette vie-là, sans plus de démonstration, Michael Lonsdale.

 

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Published by emmanuelle grangé
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commentaires

sdb 06/03/2017 18:15

Je n'ai pas tout compris, mais l'idée, oui :)

l e b A b e l 05/03/2017 18:22

Mikael Lonsdale, quand il lit fait découvrir le texte, mais aussi l'auditeur que je suis, et ce qu'est la lecture.

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