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15 avril 2017 6 15 /04 /avril /2017 12:49

 

Dans un premier temps, une chaussette pleine de confiseries devant la porte des enfants, aucune menace de Saint Nicolas. Autant d’attentions particulières que d’enfants. Puis des livres qu’elle enveloppait pour qu’ils ne trouent pas la chaussette. Avec des images puis sans images enluminantes, des livres et des rouleaux de réglisse – quand même –, achetés au marché de la Müllerstrassse.

Dans l’appartement bourgeois, on décorait les tables, les guéridons des boîtes de chocolat, de marrons glacés, enguirlandées. Mille cartes de vœux d’URSS, d’Allemagne de l’Ouest, d’Allemagne de l’Est, debout devant les plantes vertes, la crèche était l’œuvre du père, en papier kraft froissé. On dînait de sprats de la Baltique, de trucs poissonneux mijotés par la mère, de Salzkartoffeln, on goûtait aux chocolats après les cadeaux sous le sapin. On s’embrassait. On avait cassé la tirelire, on avait offert au père une grosse carafe dans son étui en cuir, à la mère, une grosse broche doré, on avait déballé je ne sais plus quoi.

Elle ouvrait les fenêtres, parfois on se gelait, parfois un rayon de soleil nous aveuglait. Chaque enfant avait son panier, qui s’en allait glaner les œufs des cloches, les crottes du lièvre, dans l’appartement de la Müllertrasse. Elle ouvrait les fenêtres parce que depuis son baptême juste avant son mariage on lui avait dit quelques trucs à propos du pape et des traditions. Il fallait ouvrir les fenêtres pour que les cloches de Rome déversent leurs gâteries. Je ne me rappelle plus la voix de la mère parlant allemand, mais le lièvre de Pâques, oui. Osterhase, s’appliquait-elle à dire, celle qui avait une passion pour les Huguenots de Berlin. Le père racontait la différence entre lapin et lièvre, le lièvre a de grandes oreilles, le lapin, des plus petites. Des jours après, on dénichait encore un œuf pondu et déposé par le lièvre entre les feuilles rouges du croton.

Dans le ventre du lièvre, des petits œufs pastel en sucre, tu le secoues, tu les entends, tu casses d’abord les oreilles, un peu plus pour que les œufs se déversent dans la coupelle que Fräulein Wegner t’a offerte pour y accumuler les timbres poste qu’elle te réserve, que tu donnes au frère, dont tu ne sais que dire quand elle te les propose dans le bureau allié de circulation de ton père, tu les acceptes, tu préférerais le taille-crayon vissé à la table de Fräulein Wegner ou ses gommes blanches, tu ne lui dis pas, tu dis merci à la vieille demoiselle qui n’oublie jamais tes anniversaires, ni Noël, ni la nouvelle année, ni la mort de tes mère et père. La nuit, tu préfères le chocolat.

 

 

 

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Published by emmanuelle grangé
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l e b A b e l 15/04/2017 16:41

Dans la partie germanophone de la France, il y a aussi des arbres de Pâques, et des souvenirs de chaque Pâques.
Tu rapportes en moi un Lammela, posé sur son napperon de papier au centre d'un beau plat et de la table, avec son petit drapeau, dans une odeur suave de maison propre et de fleur d'oranger.

Emmanuelle Grangé 15/04/2017 19:56

voilà, il manquait la senteur d'eau de rose de maman...

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