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12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 10:17

Vous ne pouvez pas toujours être là, laissez-moi vous raconter comment je suis sans vous. Vous n'attendez pas ma parole, je vois votre sourire, ne le cachez pas, je le vois, de toute façon je plaque ma main sur votre bouche, je n'entends pas votre réponse. Ca vous convient, vous m'avez toute contre vous, vos yeux sérieux plissent. Vous m'écoutez, vous êtes presque patient.

 

Je vois l'océan au bout de chaque rue droite même du cimetière Saint-Martin, pourtant le premier jour, il me fallut absolument le découvrir par la rue de Siam. Vous avez descendu la grande avenue avec moi, le vent transperçait les yeux, pas autant que sur la jetée de Trouville, avouez-le. J'ai mis mes bras autour de vous. Nous avancions experts, en quinconce, vous preniez la rafale de vent pour deux, mon profil plaqué dans votre dos. Vous ne vouliez pas encore croire au blanc de cette ville, à mon bien-être immédiat lorsque les mouettes criaient à la gare dès mon arrivée.

Je prends quelques photos pour vous depuis la promenade fortifiée, je ne rencontre guère de monde, un couple très vieux emmitouflé lorsqu'il fait bleu presque doux, je les regarde, le monsieur ne peut que me dire bonjour, je réponds, il a un geste vers son chapeau. Personne ne sait que je suis dans ma ville sauf vous, je me tais plus qu'à l'accoutumée, vous prenez mon visage dans vos mains et vous savez. Les escaliers nous descendent vers le port, il faut traverser encore quelques rues, les voitures sont plus indulgentes qu'à Paris. Je veux tout voir des quais, personne ne m'empêche d'enfreindre les territoires barrés de panneaux, ça sent bon, très fort, le soja aussi paraît-il, au milieu des bateaux et des grues, vous clignez des yeux à m'attendre au soleil à la terrasse d'un café. Je fais avec votre fantôme, il le faut bien, vous êtes si fort que mes bras s'en souviennent.

La ville n'est à personne, les immeubles perchés dégagent le ciel, bordent le port, le soir, leur blanc s'éclaire de lumières domestiques et urbaines, je me rappelle avoir pensé à Alger en

naviguant, vous avez très peur de l'eau noire à ce moment-là, vous ne dites pas celle que vous avez à me regarder nager très loin, vous restez en retrait et me réchauffez après.

Nous partons vers la Recouvrance, où là-haut nous voyons encore à l'infini vers le rose du soleil couchant, il n'y a aucun bruit, jamais d'urgence, je suis à Brest que j'aime tant sans savoir pourquoi sauf l'intime.

Vous n'étiez pas là lorsque mon ami m'a ouvert son appartement, sans doute étions-nous fâchés... Je me suis demandé comment de telles marches d'escalier ciré pouvaient appartenir à cette façade sans âge. Il me faudra lire l'architecture massacrée reconstruite, apprendre, et je sais déjà qui pourra m'orienter, je vous ai parlé de cet autre ami-là, je vous ai fait lire ses écrits qui me remuent et me font rire. C'est un appartement sans âge, mais là encore, le bois figure comme sur les marches, un plancher où vous avez envie, mais une envie irrépressible, de sentir pied-nu l'essence polie. Le soleil, ce jour-là encore, décapait les murs, mais il aurait pu faire gris comme à mon arrivée que je n'en aurais pas moins été happée les pieds les premiers.

 

 

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commentaires

stephanie+gaou 25/04/2009 11:32

Surprise qu'il n'y ait aucun commentaire, ici, cela ressemble à un tableau, avec toutes les nuances de l'absence, du manque... Du gris au blanc, en passant par le jaune fantasmé du soleil... Du régal, en barre!!

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