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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 02:01

Vous êtes mort dans un accident, et c'est pourquoi vous m'êtes infini. Votre chute était prévisible tant vous aviez la tête en l'air, vous avez oublié nos recommandations, l'heure du rendez-vous, et puis le trou noir dans le tunnel... Je vous emmène avec moi vous promener tant bien que mal, vous ne pouvez plus voir le jasmin enfin en fleur sur la terrasse, à peine pouvez-vous le humer, m'entendre, oui, même parfois m'écouter. Je ne peux plus approcher vos lèvres, poser ma main sur votre visage ou ailleurs très précisément, rappelez-vous, je vous faisais rire et rougir d'aise ainsi, je vous demandais, comment ça va, bonne journée ? J'étais adroite alors et imprévisible. Vous êtes brûlé de partout... J'ai le goût de nous encore, mais sans larme ; à force, le temps innove d'autres échappées, d'autres pensées...
Lorsque je vous ai posé sur le lit, vous n'étiez pas plus lourd qu'un moineau, j'ai fait le geste à distance de caresser votre nuque, je ne veux surtout pas raviver vos blessures, vous avez aussitôt fermé les yeux, vous sentez, je sais. J'ai fermé les stores vénitiens et je suis sortie dans la rue.
J'ai remonté de la Nation la rue du Faubourg Saint-Antoine, je vous avais ferme contre moi, nous avons mangé quelques tapas comme d'habitude à pas d'heure, le Barahonda était goûteux. Arrivés à l'Arsenal, nous avons entremêlé nos jambes sur le bout de pelouse, nous avons regardé d'un œil arriver, partir les bateaux. Nos voisins avaient une radio, j'ai entendu Birmanie et puis Liban et, entre, la mort du chanteur Sevran (Ah ! Non, il n'était pas chanteur, mais écrivain gravissant la Roche de Solutré. Ah ! Bon...) J'ai voulu rentrer d'un coup. Le monde m'exhortait à l'urgence, au non-dérapage, je ne parle pas du pseudo chanteur, bien sûr, vous auriez presque pu me provoquer à ce sujet.
A mon retour, vous dormiez profondément tel que je vous avais déposé.

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commentaires

Karine 17/05/2008 04:06

C'est saisissant et j'adore.

Christian 13/05/2008 00:23

Je suis saisi par l'intensité de cette page bouleversante. Elle est d'une beauté inouïe. Dans l'image, dans le geste, dans l'instant silencieux en émotion, palpable dans ce qui serait échappée mais aux couleurs jamais estompées des souvenirs. La force de ton écriture, Emmanuelle, dans le trait si sensible, dans l'élégance suprême de ce qui est justesse, de ce qui fait pudeur, ne cesse de m"impressionner.
Je t'embrasse.
Christian

hervé pizon 11/05/2008 21:39

oui !

Guardiola 10/05/2008 12:23

Je suis plein de frissons qui perdurent, de frissons rares. A bientôt, et même à plus vite, Emmanuelle.

soleildebrousse 10/05/2008 09:57

Oui, quelle que soit la nature de ce que tu écris,cela sonne juste.
Pourquoi à chaque fois, a-t-on envie de s'y engouffrer ?

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