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8 juin 2008 7 08 /06 /juin /2008 12:15

Mercredi
Rien... Sauf ma mère qui jubile parce qu'on a eu gain de cause quant à l'humidité ambiante de l'appart, on va avoir du fric pour déménager, on va se retrouver dans un trois pièces tout neuf à la Coulée Verte. J'aurai quelques stations de métro de plus à faire pour aller au lycée, le déménagement aura lieu avant le bac. Maman, t'es nulle !
Mon père a appelé de Lausanne, il se fait du souci pour mon bac, je l'ai rassuré, c'est dans la poche du kangourou, rapport au voyage avec lui en Australie quand il faisait les repérages pour son docu. Rousseau m'emmerde, ça, je ne lui dis pas. Je lui envoie des photos du nouvel appart. Je le calme, personne ne me calme. Quentin m'a envoyé la dernière vidéo de Amy Winehouse. On la kiffe.
Au lit, j'ai révisé une partie de mon programme d'histoire-géo.

Jeudi
Mon acné disparaît, tant mieux, saloperie, quelques traces rouges, il paraît qu'au laser ça peut foutre le camp. J'ai peur de toutes ces interventions, je peux gerber rien qu'à l'idée d'une prise de sang, pourtant je dois en faire, mon pater a des problèmes de phlébite, et c'est peut-être génétique... Faut que je prenne rendez-vous dans un labo dixit la mother.
Quentin m'a embrassée, je ne le dis à personne, je ne sais pas si j'embrasse bien. J'aime bien. Je ne peux même pas écrire ce que j'éprouve. C'est bon, voilà. J'ai un peu peur. Il faut que je prenne la pilule. Quentin dit qu'il peut acheter des préservatifs. Je lui fais confiance.
Quentin je le vois pas souvent, il est aux beaux-arts à Nantes. Il a fini son année. Il arrive samedi. On doit se voir entre potes.
J'ai rêvé que le bac était derrière moi.

Vendredi
Ma mère s'active dans les cartons, je suis allée à la bibli réviser. Mon oncle, prof en fac, propose de me tester, ça me gave, mais il est sympa. Je ne suis pas prête, je lui réponds.
Demain je vais chez Elodie avant l'arrivée des déménageurs. J'ai tout foutu dans des cartons, ma mère a promis de ne rien jeter, je lui fais confiance, elle a une tête d'hallucinée, elle est fatiguée. On a commandé des sashimis par téléphone, on a dîné sur la table du salon, on a écouté Amy Winehouse. Je ne suis pas sûre que ma mère dorme ce soir. Je l'entends souffler et éternuer de poussière. Dans la rue il y a la table pourrie de la salle à manger, le fauteuil crevé de la tante Yaël, mon mobil home Barbie, et déjà les clodos qui arrivent, pas qu'eux d'ailleurs.
Salut journal ! Je vais là où tu sais.

Samedi
Journée de ouf ! Ca a démarré tôt, j'ai eu le temps de prendre mon sac, et j'étais dans la rue. Ma mère était échevelée, elle partait acheter des packs de bière à ED pour l'équipe de déménageurs, elle pensait encore la veille qu'ils préféraient la Badoit, elle est sympa mais rêveuse, ma mère. Bon, je me rappelle plus trop, sauf qu'à 17h je savais que c'était fini, nous étions à la Coulée Verte. Je n'ai pas répondu aux 36 000 appels de ma mère, j'étais avec Quentin chez Elodie. J'y suis allée plus tard, c'est clean là-bas, ah oui ! Mes livres de classe étaient déjà exposés dans ma chambre, j'ai donné un coup de main pour monter le chapiteau de l'armoire. Dans la salle de bain, il y a deux lavabos, et une grande baignoire. J'ai aidé ma mère à placer les lits. Le frigo doit attendre 48h avant de re fonctionner. Ma mère me bassine avec les révisions comme si je ne savais pas ce que j'avais à faire !
Je reste vigilante, méthodique. Depuis des années, je fais la fourmi, je laisse dormir l'argent sur mon livret épargne, je demande à chaque événement me concernant, c'est-à-dire mon anniversaire (on ne fête pas Noël dans la famille pour cause de conviction presque religieuse...) un chèque, et j'ai plein d'oncles et tantes, les grands-parents, je ne les ai jamais connus, il sont restés « là-bas » où l'immonde les avait tous entassés...
Cette année, je suis devenue majeure, je n'ai pas pu voter l'année dernière contre le bling-bling, mais je dispose librement de mon argent en banque. Je m'en sers depuis janvier pour acheter les couleurs de mon Idée.
Je n'étale pas mes états d'âme, je ne subis pas non plus ceux des autres, je roule juste des yeux, j'ai le bras enveloppant pour l'ami souffrant, j'ai la discussion politique morose, je parle par monosyllabe, on me demande souvent de répéter, articule dit ma mère. Avec Quentin, on se comprend, corps à corps, on se sourit.
Je vais maintenant enfiler mon vieux jean. Il ne pleut pas ce soir. Ce sera plus facile. Je remets des piles dans ma lampe frontale. Hazim et Fanfan m'attendent. J'ai annoncé à ma mère que je sortais avec des potes.

  (à suivre...)

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Published by emmanuelle grangé - dans sans
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commentaires

Patrick 19/06/2008 16:39

tu as trouvé le phrasé adapté pour rendre le monde intérieur de cette adolescente, ses angoisses, sa lassitude et le regard amusé qu'elle porte sur le monde dans lequel elle vit. Un régal.

soleildebrousse 09/06/2008 15:19

décidément... cette mère... entre la badoit de chez qui tu sais, et la bière à bas prix de chez ED.... y a comme qui dirait une destination...
et puis Rousseau, il était drôlement futé pour les ados, c'est trop injuste... et aussi, un chapiteau d'armoire, chérie, c'est pour les clowns (dit-elle en ricanant)... pourquoi qu'ils sont pas là les copains... on rit ici.

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