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23 juin 2011 4 23 /06 /juin /2011 21:09


Sentimentalement vous me correspondiez. Mais il y avait plus, sinon je me serais auto pulvérisée dans les onguents, une pâte informe, et nous n'avions pas le goût des repulpages, nous étions gonflés de presque rien au départ, il pleuvait à la sortie du métro, j'avais 20mn pour parler avec vous.

J'ai commencé à fumer une jambe croisée sur l'autre. Le détail importe, vous aviez d'épais sourcils, nous buvions un café.

Comme la discussion était légère et sans doute d'approche, vous aviez suggéré de m'emmener en voiture là où on m'attendait, à l'Agora d'Ivry.
Quelle belle idée ! Se perdre en banlieue est « un doux euphémisme ».
L'homme qui promenait son chien nous avait indiqué un plan fiché au milieu de la nuit tombante, le panneau était ruisselant. Nous ne parlions plus de la pluie et du beau temps, j'étais sacrément en retard et souriante, de ça je me souviens, je vous réconfortais alors.Après j'ai dû vous déstabiliser.
La portière refermée sur moi courant, vous étiez rentré direct sur Paris, vous n'aviez aucune idée du comment.

Vous m'emmeniez de plus en plus souvent à mes rendez-vous avec larges détours, nous échangions des livres sur la banquette, un Librio de Houellebecq, un Gaïa rose de Wassmo, un Poche d'Hikmet...
La voiture était toute embuée de nos propos, de nos exclamations, de nos soupirs. En hiver, c'était cosy, en été, c'était fenêtres ouvertes, vers 5h il nous arrivait de réveiller les oiseaux. Nous avions les jambes de flanelle, les accoudoirs relevés, la langue bien pendue. Toit ouvert, nous voyions les avions blanchir le ciel, nous élargissions l'encolure de la djellaba pour nos deux têtes collées l'une à l'autre, épatés.

Nous avons roulé ainsi des saisons entières, entamé des bouts du Monde, visité le château de Diane, englouti des sardines au Maroc, débarqué à Barcelone, photographié Berlin, raté Dublin...

C'est à la vingtième page de « La chaussure sur le toit » que l'accident se produisit. Nous n'avions pas vu la Peugeot familiale qui crevait un pneu droit sur nous.

Oui, c'est à peu près ainsi que ça s'est passé.

 

 



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commentaires

hervé pizon 27/06/2008 11:58

ça commence.
ton écriture magnifique plus sensible encore...}

Alain 25/06/2008 19:50

Une forme parfaite et totalement personnelle au service d'une pensée nuancée car si vraie : tu nous gâtes !
Car de l'individu, tu fais un univers : nous roulons tous " ainsi des saisons entières " vers l'accident inexorable qui nous fera regretter définitivement la tendresse qu'il nous restait à vivre.

Thierry Benquey 24/06/2008 08:55

J'ai commencé à fumer une jambe croisée sur l'autre. Le détail importe, vous aviez d'épaus sourcils, nous buvions un café.

Une phrase absolue qui caractérise si bien ton style que j'admire. Tu écris comme on pense.
Je t'embrasse
Thierry

zoubida 23/06/2008 23:26

tu n'es pas et ne seras jamais saisissable...mais j'ai cette fois l'intuition et la peugeot que j'ai connu autrefois ne doit pas être un obstacle sinon une escalade ou juste une esquive sur le temps
je t'embrasse

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