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3 août 2008 7 03 /08 /août /2008 18:37

Les pins sont inondés, le verbe n'est pas vain, les aiguilles inférieures sont gorgées de lumière. Il commence à faire sec, les cyprès prospèrent, tendent vers le ciel uniforme, aucun souffle sinon le vol des papillons bâtards autour des jambes de la promeneuse, rémission dans la flaque d'ombre des chênes verts, les limaçons s'enroulent. Des pylônes pour tout viaduc. Lovés -dans quel muscle précis ?- le lit avec le ahanement du sommier sous les corps ruisselant, les rideaux remués par le seul tournis de la terre, la rigole entre les seins de l'une, le dos huilé de l'autre, à la queue d'aucune file d'impatience.
La femme ne freine pas la marche depuis deux heures sous peine de liquéfaction totale, garde le rythme de la pensée cabossée dans les caillasses; les vignes arborent le vert, protégées électriquement contre les sangliers, le cheveu ne se mouillera qu'à l'arrêt, le chemisier se plaquera, les manches ballonnent pour l'heure gonflées par le pas de la marcheuse et la vacuité des muscles longilignes. L'oeil n'englobe plus rien, il se rappellera plus tard les lézards fuyant entre les pierres du mur, les cactées de western, le glauque des oliviers, les scarabées évités, l'eau plate d'une piscine plantée dans un vallon. La tête penche à l'intérieur, siphonne les événements sans plus de dates -quel jour pourrait prévaloir l'autre en ce paysage si conforme de saison ?- C'est une tache de son serpentant sur le chemin poussiéreux qu'on distingue de l'aéroplane, bordée de points jaunes épars, mauves poilus de chardons, engouffrée dans l'arrondi des chênes verts, en lisière des rectangles des vignes. Les élytres des cigales zèbrent presque inaudibles à force d'habitude le silence du matin, les pieds chaussés épousent les pierres dégringolées du talus un orage dernier.
La bague enserre l'annulaire pendant le long de la cuisse. Les mains gonflent, s'engourdissent vers la terre jusqu'à l'apparition de la terrasse toscane où elles saluent d'un baiser radieux sur les lèvres la silhouette de l'homme un peu voûté. La femme pour s'être figée devant la vision rassurante sent alors la chaleur fondre de son front tout le long de son corps, noyer ses yeux. Elle se souvient à temps d'un tableau d'Uccello, puis ce sont les tuiles rondes du mas et les paroles hautes des estivants qui la sortent du mirage.

 

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Published by emmanuelle grangé - dans sans
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commentaires

Thierry Benquey 08/09/2008 13:39

Je retrouve avec un peu de retard avec un plaisir non dissimulé ta plume dans un texte éclatant de chaleurs, celle du soleil et celle des corps. J'admire ton style que je trouve résolument moderne et reste sans voix mais pas sans mots devant ta faculté d´écrire comme on pense... Suivre Emmanuelle dans ses pensées n'est pas un exercice facile car comme le papillon elle vole d'une fleur de mot à un fleur de beau mais avec un peu d'exercice, il est possible de se laisser porter sur ses ailes et de suivre le cheminement de ses pensées. Emmanuelle reste comme tu es mon amie.
Un fan

hervé Pizon 08/08/2008 00:35

c'est presque il et c'est tout toi...}

DomAry 05/08/2008 18:15

Comme dit Alain, tes mots ne se sont pas devenus fades pendant ton absence...En fait il est sur qu'entre 2 rayons de soleil et 3 déclamations ;)... ils se ressourçaient !
bravo j'aime vraiment...

Amitiés
DomAry

Alain 03/08/2008 19:01

Ce mois d'absence n'a pas émoussé ta plume... peut-être même nous fait-il apprcier d'autant plus le plaisir de te lire !

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