Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
9 août 2008 6 09 /08 /août /2008 11:57
Nous restons parfois englués dans les quiproquos.
La paille du chapeau protège la nuque du soleil provençal, le regard se lance sans frémir des sourcils vers la forêt, la fourmi grimpe sur l'orteil. Pendant combien de temps ai-je attendu l'atterrissage du papillon sur ma main, un doigt glissé en marque-page sur la ligne « les remparts de Coatliguen montaient au-dessus de la lande » ? Le muscle cardiaque se serre lors de l'évasion, les chênes verts cachent la dune face à l'océan. D'un revers précis la fourmi est écrasée, le papillon envolé, les vagues enfin assourdissantes.
Vous opinez des pieds mouillés, vous tenez haut le drap de bain et m'en enveloppez au sortir de l'écume. Vous trouvez le geste ample et adroit, vous prenez à vous les grains de sable collés à ma peau. La serviette prétend au cerf-volant, votre chemise est trempée.
Pendant combien de temps ai-je oublié le vacarme des cigales, les odeurs de la garrigue étouffées par la canicule ? Le temps d'un réceptacle océanien où vous fermez les yeux à l'approche de ma bouche.
La relecture du livre m'isole de toute l'agitation apparemment festive. Des cris d'enfants perturbent la torpeur du mas, petites jambes brunes tricoteuses dans la cour de la maison voisine aux volets vert céladon, les cailloux piétinés balancent une odeur de poussière. Tout s'habille de crème. Il faut attendre le glaçon dans le rosé des adultes pour entendre les pages feuilletées des devoirs de vacances, l'entrechoc des boules de pétanque lancées par les adolescents.
La porte en bois, le muret de grosses pierres m'enferment ombragée là où quelques roses trémières bourdonnent d'insectes. Le Pouilly Fumé que vous m'avez envoyé résiste à l'air chaud dans son cylindre de terre rouge. Le verre de Bohême est fin aux lèvres. Vous approchez un fauteuil du mien, vous sentez la sauge que vous froissez dans vos mains, mes cheveux s'en souviennent.
Je vous fais aller et venir, à notre guise, là votre présence enserre la mienne sans plus d'accoudoir, là vos lunettes fixent les dernières pages d'une nouvelle de Schnitzler.
Je vois vos cuisses dures sous la toile du pantalon, vous crevez le nuage de poussière, mes pieds sont blancs après votre frôlement, vous traversez le muret, vous laissez une ligne dans la surchauffe du ciel. Fera-t-il orage demain ?

 

Partager cet article

Repost 0
Published by emmanuelle grangé - dans à vous
commenter cet article

commentaires

Thierry Benquey 08/09/2008 13:55

J'aime simplement, les images sont des impacts et les sons et les odeurs me parviennent directement.
Amitié
Thierry

P.S. As tu rencontré l'Escale au festival ?

Hervé PIZON 13/08/2008 16:34

magnifique, toujours ton écriture emmanuelle, de suggestif sans sujetion.

Présentation

  • : chantier traverses emmanuelle grangé
  • chantier traverses   emmanuelle grangé
  • Contact

Recherche