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5 novembre 2011 6 05 /11 /novembre /2011 23:50

Il se recoiffe devant la glace, rajuste sa chemise dans son pantalon, sa ceinture. Il ne voit pas qu'elle le voit, il a laissé ouverte la porte de la salle de bain, ça n'est pas son habitude. Il prend du temps. Il regarde encore, mouille ses mains, les passe dans ses cheveux. Il ne voit pas. Il a ouvert la fenêtre, on entend la clim ou une machine de restaurant dans la cour, on aperçoit l'autre aile de l'hôtel jusque dans les couloirs verts, il a ouvert à cause de la fumée de cigarette. Elle a enfilé le peignoir blanc trop épais trop vaste presque rêche. Elle regarde ses doigts de pied quand il tourne son regard vers elle. Il faut couper les ongles. Elle a un rire aigrelet en cherchant ses chaussettes, la télé diffuse un reportage sur les manchots, va-t-il neiger dans la cour ? Il fait gris noir comme si, alors peut-être il va neiger, un coup de chaud après le froid, si elle secoue l'édredon, les flocons vont tomber légers comme dans le conte. Elle appuie de la tête son oui, son cou, elle a faim. Dehors, il fait juste tiède. L'ascenseur coule jusqu'au rez-de-chaussée, elle me dit que pas même un souffle n'aurait pu brouiller le verre astiqué de la cage, je réponds « oui » ou plutôt je regarde ses doigts émietter le pain et j'acquiesce. Dehors, ils ne vont pas, ils ne prennent pas leur manteau, le restaurant jouxte le couloir vert. Elle voit les poissons sur la carte, elle en choisit un banal, un comme la soirée qui blanchit. Il s'assoit à côté d'elle sur la banquette, ils sont entre trois jeunes gens qui engouffrent des plats et un couple qui asperge de citron des huîtres. Elle voudrait peut-être des litres de vin, il commande deux verres de Chablis. Elle avale la chair et la sauce jaunâtre et l'émincé de pommes de terre. Ils regardent devant eux le bar et la glace qui prolonge à l'infini la salle. Il n'y a plus d'arête dans le poisson, elle pense ça. Il finit son foie gras, il lui fait la remarque qu'elle a mangé vite. Elle pense à la campagne entre chien et loup, elle a le bourdon, elle commande un autre verre, elle me dit que ça pour une fois elle n'a pas osé ou qu'elle n'avait même pas envie ce soir-là. Elle ne sait ni ce qu'il fait ni ce qu'il pense, ils se connaissent depuis Yahvé, leurs cuisses sur la banquette respirent à peine. Il refuse un café, elle aussi, le garçon a le teint rouge, elle s'en souvient. Ils remontent chercher les manteaux.
Ensuite elle le réconforte dans le taxi, elle voit encore un peu ses cheveux lorsque la voiture la dépose et file.

 

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commentaires

soleildebrousse 06/11/2008 21:00

Comment fais-tu pour mettre toujours autant de sensualité dans tes textes ?
c'est beau.

hervé pizon 06/11/2008 10:51

Tension entre l'objet et le sujet...}

Alain 06/11/2008 08:39

Doux-amer du temps qui passe, nécessité du réconfort final…

Thierry Benquey 06/11/2008 07:14

Un journée qui passe comme un tgv. J'ai aimé le passage sur la neige qui me rappelle cette joie particulière et enfantine au vu des premiers flocons
Je t'embrasse
Thierry

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