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9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 22:50

Il fallait que je vous retrouve, déniche, et toutes vos mains radoucies depuis le maniement de la faux. Je ne parle qu'à vous.

La femme avait ouvert la porte, tendu sa main, juchée sur des semelles compensées, de sombre vêtue, et l'œil aussi, le cheveu noir crêpé acrobatique sur le sommet du crâne.

Je caressais un sourcil, un geste antique. Ca sentait le tabac -un réconfort de plus-, je n'avais pas tort, sur le guéridon, des Craven A.

Je n'y allais pas par quatre chemins, retenais l'humidité, sinon il y avait toujours à portée du fauteuil la boîte de mouchoirs.

La femme croisait ses jambes rondes.

Je pensais à vous, mon amour, oh ! quel enfouissement, je parlais en contours, en naissances, en ombres, et toujours il était vous, votre langue sous stèle officielle. Dans le bistre, je voyais les cafés d'Amsterdam ; la silhouette fardée se voulait tranquille et écoutante. Il aurait fallu m'allonger en deux, deux et demi pour l'atteindre et la déchausser, et encore, ses doigts de pieds auraient-ils entrevu mes roucoulements busqués ? Du dehors je ne distinguais rien, les rideaux de voile gris, le vitrage double. Je patinais sur le lac, le bonnet grattait sur les oreilles, les chaussures tordaient les chevilles jusqu'à ce que vos bras me soulèvent, les ramures gelées s'égouttaient en carrousel, il faisait blanc de chaud.

Où coule la rivière ?

Parfois en entrelacs

d'une pierre ajustée

l'œil mordoré

et bientôt de glace

d'une écaille glissante

il me prend l'envie d'une truite au bleu

de sa joue -subtil morceau-

prise à la mouche

d'un barrage de temps.

Dieu, que cette femme était replète ! Dans la rue mes doigts enfin mouillés avaient agrippé la bandoulière de mon sac chagrin.

 

 



 

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commentaires

edouard 06/01/2009 13:30

Qu'il fait bon vous lire Emma, qu'il fait beau dans votre style, et qu'il fait chaud sous vos dehors singuliers.

stephanie gaou 11/12/2008 19:22

Lecture en silence, à susurrer tes mots dans ma tête, et puis une seconde fois, une lecture de vive voix pour bien m'imprégner de la rythmique, j'aime comment se déroule cette visite, je la vois - je la voix? - je la sens... Un vrai bonheur...

hervé pizon 11/12/2008 16:27

eau-forte, disais-je.

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