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2 février 2009 1 02 /02 /février /2009 15:11
Les maisons ont été passées à la machine à laver, la laine est feutrée, les murs amidonnés, on voit le ciel bas au travers des mailles. Les hommes ont été raccourcis de façon à franchir debout les portes. Pourtant ils ploient encore la tête, le bleu du ciel rouspète contre cette ineptie. C'est que l'homme a cru un jour en la pâte à modeler de la terre. Ah ! Triste naïf ! Les rues sont parfaitement millimétrées, les chats ont été renvoyés à l'herbe rase des jardins tous mitoyens.
On distingue parfois une villa d'avant les bombes qui tente de maintenir les ciels à bonne hauteur. Le dépliant dit : visitez les environs de la ville, le lac du Der, profitez de la pêche, des activités nautiques... On indique l'extérieur, on essore la ville, on a peur la nuit des éventuelles mauvaises rencontres, on vide le coffre de sa voiture, on se prémunit d'une main leste, on approvisionne le foyer en soleils réchappés de la ville fantôme.
Au 22 de la rue M...le cari se prépare.
On trouve encore des arums chez une fleuriste qui prend son temps. On trouve encore quelqu'un résigné qui indiquera la zone pour trouver un cru à offrir, ici, dira ce quelqu'un, il n'y a plus de caviste. Les rues ont pour enseigne les opérateurs mobiles, le prêt-à-porter « hommes-tendance-femmes », quelques restaurants où la perche du Nil est au menu du jour, une librairie-papeterie-journaux affichant Le Clézio, les poches au programme scolaire, et tous les livres d'Armand Gautron, le poète d'ici, des agences d'emploi aux vitrines tartuffiées.
La place d'Armes est carrée -comment pourrait-il en être autrement ? - et flanquée d'une Collégiale grise et vide et barricadée à l'heure de midi. Le garçon du restaurant près du marché papillonne les serviettes des deux touristes attablés, se laisse dérider par l'œil de la femme soutenant son regard. La viande restera fade à peine chaude nappée de sauce opaque, mais les sourires, rosés.
Nous arriverons dans l'après-midi chez Cristine et Raoul. Nous prendrons la mesure du gingembre dans le cari avant de mettre casque et enregistrer une première fois nos textes « jumeaux », Raoul à l'écoute patiente sans mâcher son avis de musicien et de lecteur.
Champagne à l'arrivée de Cristine, repas en famille et amis ; Mathilde pointe haut ses 15 ans, Alex, son oreille musicale, Nes, sa guitare, le cari, son poisson et son rougail de mangue.
Hervé et moi enregistrerons une énième fois dans bien des vapeurs et des rires pour le meilleur de l'instantané à deux pas de la table d'amis. Les langues tranchent dans le vif. Cristine pense à son grain de sel.
Nous bloguerons à 4, avec l'accent de là-bas et le nôtre, sans doute, dans quelques temps.
Au matin, le ciel est toujours bleu et glacé sur Vitry-le-Brûlé.
Je m'enroule dans mon écharpe, je suis convaincue d'être une passagère vivante.En 1h40, je suis de retour gare de l'Est, Paris.


cristine
link & raoul link
texte : emmanuelle.g
images : cristine & hervé
link




 

 

 

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Published by emmanuelle grangé - dans à vous
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commentaires

Edouard 09/02/2009 14:06

Et moi je resterai dans ma bulle, isolé de la grisaille belge par des rideaux de bombes poérogène.
C'est beau de se réunir ainsi. Bizzzz à toi et tes proches, Emma.

soleildebrousse 07/02/2009 19:06

la joie de vous voir !
la joie d'en être en pensées !
et le premier paragraphe ! quelle écriture, amie.

stephanie gaou 06/02/2009 13:12

Bonjour Emmanuelle: mon retour à la vie "blog" passe par une lecture de ton programme artistique à Vitry, ville dont je méconnais les détours. Merci de ce beau texte tout en retenue et douceurs. Je t'embrasse...

Thierry Benquey 03/02/2009 08:53

Le lac du Der m'a formé à la voile comme celui des Settons. Je n'ai pas percu l'atmosphère que tu évoques mais je n'y ai jamais été en hiver. J'envie cette réunion, la chaleur d'une rencontre et le temps passé ensemble. Amitié. Thierry

ps le lien christine ne fonctionne pas

Mèl 02/02/2009 23:32

Mais comme je suis heureuse de te - vous retrouver...
Comme je te reconnais Emma...dans ton écriture.
Je repasserai.
Bonjour Hervé !
Bises

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