Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 février 2015 1 16 /02 /février /2015 11:55

...Elle courait, et les portraits de Fayoum écorchaient ses pieds. Mille échardes plantées.
Il lui demande au réveil si elle est heureuse. « Mais oui, voyons... » Elle est confuse de tant de verbes dans la nuit. Il lui dit qu'elle a parlé.
Au revers de la porte, la bouteille de lait et le journal, et dans l'entrebâillement, son bras qui ramasse le tout et le temps qu'il fait rien qu'à faufiler la main sous le ciel bas.
Elle ne décidait de rien, dit-il.
Elle enfile après ablutions les habits du jour. Du côté de la fenêtre, parfois, elle écarte le rideau, parfois c'est avant de s'habiller, les yeux dans le paysage d'en face, celui de la vieille femme devant son écran de télévision; le corps à l'air, elle grimpe lente dans ses chausses. Les yeux s'ouvrent après -ou le cerveau d'abord ?- Le matin est une prise de couleur optimiste, rose sans doute. En hiver, dociles, les voitures se garent pour alerte à la pollution, les rues sont jaunes de bus.
Elle se souvient de son rêve. Le couvercle sur ses yeux ne ferme pas tout à fait ; par une fente du bois, elle sent l'odeur mouillée de la terre. Bientôt il fait nuit. Entend-elle un oiseau noir ou uniquement les bestioles rampantes ?
Puis elle se dépêche, elle entre juste à temps avec Jorg, le retardataire.
Il la suivait du regard jusqu'à ce que la porte du gymnasium se referme sur elle. Il avoue qu'après, il ne savait pas exactement son emploi du temps sauf bien sûr les horaires de ses cours affichés dans la cuisine. Si elle sortait déjeuner à l'extérieur ? Déjeuner ? Il sourit à cette question. La femme en uniforme toussote.
Dans leur chambre, il faut vérifier les piles de livres. Lequel manquerait selon vous ? Celui qui ne se ferme plus tout à fait, peut-être, dit-il. La femme en uniforme baisse les yeux. Des moutons dans les coins. Elle fait attention en patinant entre les obstacles. Elle demande « je peux fermer un peu les stores ? » Le soleil à contre-jour ne rend compte que de la lecture des titres des livres. Il appuie sur le bouton, l'obscurité arrive. Le rai dégouline sur les dictionnaires et va se loger dans l'armoire entrouverte. Le cahier a disparu, dit-il, et les graines de serpilla.
Bien avant, Inge B. prend un avion pour Rome, l'Orient-Express corné dans un atlas...

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

edouard 26/02/2009 17:38

tantôt d'une poésie insolite au premier abord, tantôt plus concrets et délicieusement précis sans aridité, j'aime pareillement tous tes écrits Emma.

hervé pizon 17/02/2009 20:51

commentaire 54/54 : ton écriture comme un matin.

Thierry Benquey 17/02/2009 08:57

Aujourd'hui un sentiment étrange. Emmanuelle a déjà vécu beaucoup de vie mais pourtant, jamais elle ne fut homme.
Amitié et plaisir intense de la lecture
Thierry

stephanie gaou 16/02/2009 12:41

Des tomates réminiscentes... J'aime me perdre à lire et relire tes mots

Présentation

  • : chantier traverses emmanuelle grangé
  • chantier traverses   emmanuelle grangé
  • Contact

Recherche