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19 février 2009 4 19 /02 /février /2009 17:19

 



à Christian link
ma traduction de ce poème d'Ingeborg Bachmann

 

 

 

 

 

 


Nebelland

 

 

 

Im Winter ist meine Geliebte
unter den Tieren des Waldes.
Dass ich vor Morgen zurückmuss,
weiß die Füchsin und lacht.
Wie die Wolken erzittern! Und mir
auf den Schneekragen fällt
eine Lage von brüchigem Eis.


Im Winter ist meine Geliebte
ein Baum unter Bäumen und lädt
die glückverlassenen Krähen
ein in ihr schönes Geäst. Sie weiß,
dass der Wind, wenn es dämmert,
ihr starres, mit Reif besetztes
Abendkleid hebt und mich heimjagt.


Im Winter ist meine Geliebte
unter den Fischen und stumm.
Hörig den Wassern, die der Strich
ihrer Flossen von innen bewegt,
steh ich am Ufer und seh,
bis mich Schollen vertreiben,
wie sie taucht und sich wendet.


Und wieder vom Jagdruf des Vogels
getroffen, der seine Schwingen
über mir steift, stürz ich
auf offenem Feld: sie entfiedert
die Hühner und wirft mir ein weißes
Schlüsselbein zu. Ich nehm's um den Hals
und geh fort durch den bitteren Flaum.


Treulos ist meine Geliebte,
ich weiß, sie schwebt manchmal
auf hohen Schuh'n nach der Stadt,
sie küsst in den Bars mit der Strohhalm
die Gläser tief auf den Mund,
und es kommen ihr Worte für alle.
Doch diese Sprache verstehe ich nicht.


Nebelland hab ich gesehen,
Nebelherz hab ich gegessen.

 

 

 

 


Terre de brouillard

 

 

 

En hiver ma bien-aimée est
Parmi les animaux de la forêt
Qu'avant le jour je doive rentrer,
La renarde le sait et rit.
Comme les nuages frissonnent ! Et
Sur mon col de neige tombe
Une brassée de glace brisée.


En hiver ma bien-aimée est
Un arbre parmi les arbres et invite
Les corneilles maudites
En ses belles branches. Elle sait
Que le vent lorsque vient la nuit
Soulève sa robe du soir emprisonnée de givre
Et me renvoie chez moi.


En hiver ma bien-aimée est
Parmi les poissons et se tait
Asservie aux eaux, celle qui agite
Du dedans le sillon de leurs nageoires,
Sur la rive je la regarde,
Jusqu'à ce que la terre me disperse,
Plonger et ressurgir.


Et à nouveau touché par le cri de chasse de l'oiseau
Qui raidit ses ailes au-dessus de moi, je tombe
En plein champ : elle plume
Les poules et me lance un bréchet
Blanc. Je le mets à mon cou
Et m'en vais traversant le duvet amer.


Infidèle est ma bien-aimée,
Je sais, elle vole parfois
Sur de hauts talons vers la ville,
Elle embrasse dans les bars d'un fétu de paille
Les verres au plus profond sur la bouche,
Et elle a des mots pour tous.
Cependant je n'entends pas ce langage.


La terre de brouillard j'ai vu....
Le cœur de brouillard j'ai mangé.


(avec l'écoute de babel link )

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by emmanuelle grangé - dans allez - des poèmes
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commentaires

edouard 25/02/2009 17:09

Quand on s'associe à un pur génie, on ne peut faire que des miracles...

emmanuelle grangé 20/02/2009 12:10

@ Thierry :
ah ! je t'attendais, mon fidèle.
de jour en jour se fait la traduction... Morgen ist noch ein Tag... comment pénétrer sans détourner la langue du poète ? comment rendre en français ce qu'en allemand il faut peut-être juste écouter ? quel est ce désir d'offrir l'audibilité des mots d'une femme poète, philosophe, grand témoin de l'Histoire ? quelle euphorie d'entendre et entendre encore cette voix ! quelle impuissance, quelle joie de mêler son petit écho !
"Schweben"... entre ciel et terre.
"Es kommen ihr"... "il lui vient", oui, mieux que "elle a"...
parfois aussi, j'aime à traduire littéralement, parfois la forme si intense l'emporte sur le sens.
merci tant pour ton écoute, Thierry.
mit Liebe, deine Emmanuelle.

Thierry Benquey 20/02/2009 10:57

Excercice difficile que la traduction, surtout à mon avis précisement dans ces deux langues.
J'aime beaucoup ce poème de par son actualité, à mes yeux il n'a pas de Verfall Datum.
La traduction du passage sur la ville me coince un peu. Comment traduire schweben sans tomber dans le ridicule de planer mais voler est inadapté. Cas extremement difficile..,
Le raccourci entre kommen et avoir pour les mots me chagrine, l'image perd de son gout.
Le fétu de paille, j'admire, j'aurais mis brin que je trouve joli aussi mais...
Merci pour cette découverte d'Ingeborg Bachmann à la belle écriture et désolé pour ces remarques mais j'aimerais parfois recevoir ce genre de commentaires plutot qu'un silence pudique, aussi je pense que les autres aimeraient également recevoir ce genre de commentaires.
Amitié
Je t'embrasse
Thierry

Christian 19/02/2009 23:06

Te (re)dire ici combien je suis touché, combien je me sens tellement honoré par cette délicate attention... Elle est gravée en moi dans cette double splendeur, ce superbe poème d'Elle, et de Toi par cette traduction de si grand art, de si belle patine (la force de ces images!...). A toi, oui, le plus vif MERCI!!

stephanie gaou 19/02/2009 20:15

Malgré mes connaissances très moyennes en allemand, j'ai su apprécier la beauté des 2 textes. Traduction réussie, je salue le travail, j'en serais incapable...

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