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12 mars 2009 4 12 /03 /mars /2009 09:43

Indolente. Le bruit du verre qui se casse lui rappelle l'odeur du lait en poudre. Lequel ? Le sien ? Celui de son frère ? Les bris sur le carrelage de la cuisine. Rien qu'à l'évocation, les narines sont sucrées. Le balai est manié, le sac plastique lacéré. Les fesses sur le tabouret. Dehors des pigeons sur le toit. Il fait lourd et maladroit comme souvent lorsque le toit est soufflé par le vent et la tête dans les nuages de plomb. Il fait la vie contre laquelle à ce moment même on ne peut rien, qui rabat le caquet à l'horizon. Parler de cette vacuité-là.

Le flot de paroles est retombé, les lèvres s'ourlent d'une gouttière. Les paupières veinulées. Elle entend la peau se soulever de plus en plus lente, de plus en plus régulière. Elle relève la tête lorsque le soir arrive. Les jours rallongent.

Bientôt elle coupera les vieilles tiges gelées ; les feuilles duveteuses des clématites s'ébroueront. Elle pensera inventer une recette alors que les racines n'en finissent pas de se ramifier : à l'agneau de pré-salé le chou-fleur de proximité, à la coquille saint-jacques l'endive à l'étouffé, à la macédoine le petit pois à écosser, au potiron déjà dit plus haut, à framboise Françoise d'hypokhâgne. Elle pensera à tout ça et surtout à la forme oblongue que tout ça revêtira le temps d'une fin de journée d'hiver. Le temps d'un hoquet. Le verre mal emballé égratignera ses jambes. Demain inventera un jour.

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Published by emmanuelle grangé - dans la nuit
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commentaires

emmanuelle grangé 12/03/2009 12:59

@ Thierry : c'est à n'y rien comprendre, lorsque je clique sur ton lien sur ma page, je suis dirigée vers Esprit de mots et non sur ton space !

Thierry Benquey 12/03/2009 11:07

Une elle qui m'évoque tellement toi. Es tu cette elle ? Je rougis de poser cette question plutot fresch...
Te lire est toujours un plaisir délicat et voir que le lien vers moi toujours un myspace, une horreur indicible.
Rire
Je t'embrasse
Thierry

stephanie gaou 12/03/2009 10:23

L'indolente coupera les vieilles tiges gelées, comme pour se débarrasser du manteau du passé, des souvenirs encombrants. J'ai adoré ce texte, lu 4 fois d'affilée, une scène prise entre 2 actions, tu as CE don de dire l'indicible ou le très dicible avec une sobriété qui m'impressionne.
Je t'embrasse

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