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18 avril 2009 6 18 /04 /avril /2009 00:41

J'avais rendez-vous dans ce village, un pays de bouleaux que je ne connaissais pas depuis qu'on ne me parlait plus, vêtue fillette de fleurs qu'il ne fallait pas couper sauf à déposer dans la chapelle sous les pieds de Marie. Dans ce vase qui fuyait. Ce village s'appelait Koidonov, peut-être n'était-il pas loin de cette Bavière, je le pensais de toutes mes forces. « A l'Ouest, rien de nouveau » A l'Est, je revenais toujours; je prenais la main de la femme blonde, je sentais l'eau de rose de son cou lorsqu'elle penchait la tête vers moi. Les champs étaient déjà grillés, piquaient mes doigts de pied dans les sandales. Nous coincions les plantes permises, l'héliotrope bleu, la minuscule véronique, la saponaire dans l'herbier, nous marchions tant que la paille de mon chapeau ne s'affaissait pas sur l'humidité de mes cheveux. C'était dans un pays. L'église était froide et me faisait tousser, je grattais l'or des anges, buvais en douce au bénitier rococo. Je cherchais ce village. Je regardais la femme s'agenouiller. Je restais à la porte. Nous mangions les tranches de pain de seigle sucrées au miel, puis je répondais adroitement aux devoirs d'école, ainsi justement et sans broncher découlait le moment le plus important: j'attendais la nuit qui me parlerait, je mettais la tête sous le drap, j'étais dans la neige, je savais que c'était à peu près là-bas, je m'endormais de rêves, jetzt denke ich « Wahnsinn! », jamais très loin. Un jour, c'est sûr, j'arrivais aux bouleaux de Koidonov, les racines énergumènes bousculaient les stèles, les enfants juste encore avant le départ fatal en wagons avaient dessiné des soleils, grand-père agitaient ses grandes mains. Je ne décidais rien, j'écrivais comme je pouvais.

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Published by emmanuelle grangé - dans histoire de famille
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commentaires

Stipe 05/05/2009 17:16

que j'aime te lire. Tu dégages tellement d'émotions à travers tes mots. En si peu de lignes tu nous emportes si loin, le temps semble s'être arrêté... Merci.

Seb (Skarod sur Myspace) 24/04/2009 15:47

J'ai goute avec toi ces tranches de pain de seigle sucrees au miel...

soleildebrousse 22/04/2009 19:59

Une promenade au temps jadis...Belle envolée.. comme nos enfances diffèrent...le coeur m'en navre de ne pas savoir écrire cette matière que tu brosses si bien à coup d'aplats-mots.

Thierry+Benquey 20/04/2009 19:05

Wahnsinn, le sens de la folie. J'adore ce mot et tes histoires de famille. Je t'embrasse. Thierry

Edouard 18/04/2009 13:56

Pour en arriver à de telles beautés, tu as dû etre coquine et appliquée à la fois, lutine et sérieuse comme un estampilleur japonais.

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