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1 mai 2009 5 01 /05 /mai /2009 18:05

 

 

De moi-même je n'aurais fait sauter l'opercule qui murait l'animal.
Sans ton oeil ourlé de brun marin je n'aurais saisi les enjambées du sentier des douaniers.
Pourtant les vents agitaient ma carcasse, portaient mes nez vers des parfums inconnus, soulevaient les cistes. Je pris donc, un jour de tournoiements, le chemin par monts et plages.
Ma pensée se figeait au seul roulis des galets; je remontais la pente, c'étaient les oiseaux qui m'accaparaient. Je devenais corps sans plus, avec les muscles qui palpitaient; les doigts qui gonflaient ancraient mes bagues; la plante des pieds encaissait la pierre, se gorgeait d'eau dans les flaques du déluge de la veille. Le soleil pointait large ses rayons, et flottés les bambous, les bois radeaux ! Je marchais pour quelques heures, délivrée de toute idée. Je voyais le guano sur les îles interdites de Finocchiarola, juré, craché, et les nidations prospérer. Je disais paix aux guetteurs des tours génoises, je prenais la relève. Il me manquait la gourde d'eau, mais jamais la gorge des orchidées sauvages, et les senteurs, les senteurs du vert des chèvrefeuilles ! Comme je m'exclamais ! J'écrivais, j'écrivais ! J'en perdais les sens raisonnables, je prenais la mer turquoise sur le dos d'un mérou, mes feuillets prenaient l'eau, je devenais conteuse... Enfin je me taisais. Je voyais.
[...]
Le lendemain Marie-Jeanne m'offrait un oeil de Sainte-Lucie de la plage de Taramone. Les mains de Marie-Jeanne déploraient la perte du bougainvillier noyé, m'embrassaient pour longtemps.

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Published by emmanuelle grangé - dans à vous
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commentaires

Charles+Daney 06/05/2009 09:21

Merci de votre passage matinal sur mon chat. L'oeil de Sainte Lucie l'aurait-il distingué jusque dans la Mancha. Je n'ai pas encore vu mon chat en Corse (entre Serra di Ferro et Zicavo). Pace e salute.

Stipe 05/05/2009 17:24

encore un texte qui appaise et nous transporte doucement. Je pourrais te lire encore et plus loin, quitte à user de l'index pour qui de tourner les pages, qui de titiller la molette de ma souris.
J'en redemande!

soleildebrousse 05/05/2009 12:48

Qui tient le stylo de ta pensée vagabonde. J'ai vu, une fois de plus. Mes narines palpitaient, mon coeur accélérait, je marchais à tes côtés, en silence.

edouard 04/05/2009 10:54

Quand le verbe se fait chair et inversément, c'est parfois un petit miracle à goûter comme un philtre poétique.

Sylvia O. 03/05/2009 09:45

Qu'avez-vous pensé de "Pardon",
que vous lisiez le mois dernier ?

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