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26 mai 2009 2 26 /05 /mai /2009 15:47

Je voyais l'arbre pousser sur le balcon d'en face, frêle et agité. En peu d'années, son faîte dépassant le mur du bâtiment fut à contre-jour. Je voyais ainsi, au soleil, et des feuilles argent et des feuilles noires et une autre déclinaison d'ombres en basse saison. Le soir, un homme agitait un mouchoir après avoir arrosé cet arbre. Les gaz du parking juste en bas devaient l'incommoder. Ou jetait-il un signe au voisinage ? Je connaissais cet homme pas très grand, un peu rond; il tenait le kiosque à journaux près du métro. Tous les matins, il me lançait « quel temps demain, hein, quel temps ! » et presque mon quotidien dorénavant boudé depuis qu'un jour on me fit remarquer en arrivant à l'étude les traces noires que l'encre laissait sur mon visage et depuis que la rose s'est avachie un matin tiède et que... Il parlait de demain comme d'un germinal, enfin, j'avais cette impression-là. J'ai cependant longtemps continué à lui acheter du papier glacé sous forme de carte postale, de supplément DVD, de Mon jardin, ma maison, d'Inrocks, de pastilles violette de Toulouse, que sais-je, j'invente à l'infini. C'était mon passe-droit et l'absolution de ma pudeur nécessaires pour regarder plus que d'observer ce 7e étage arboricole. C'était à l'époque où je m'enfermais dès ma servitude à mon emploi de clerc de notaire terminée dans mon cagibi bureau; je positionnais ma chaise à distance idoine du vasistas, mes pieds sur le guéridon, la planche à dessin sur mes cuisses. Je voyais ma main noircir le papier et l'arbre et son propriétaire maigres feuillages longilignes en marche. Je me demandais même si nos rendez-vous clandestins n'étaient pas de l'ordre du peintre et de son modèle. Nous nous souriions tous les trois, hypermétropes, au même moment à distance respectée. Du moins j'y croyais. Seuls les enfants bruyants me martelant l'heure du dîner pouvaient remettre en place ma nuque contemplative; je lapais avec eux la soupe de saison, sans bruit, hein !
On me raconta, bien plus tard, comme un événement extraordinaire, et j'habitais alors comme par hasard un hameau du lac de Côme, riche et ancêtre, que des pluies acides avaient pétrifié un homme et son arbre, d'un seul coup d'orage, dans le 20e arrondissement de Paris. Je penchai la tête vers une pile de revues, mais n'y trouvai qu'un chat, famélique dirait-on. Dans mon souvenir, il agite un mouchoir et me console.




reçu ce matin une photo de mon ami acteur Jean-Guy Birota

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Published by emmanuelle grangé - dans à vous
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commentaires

ayaquina 12/06/2009 09:39

C'est drôle mais ton écriture me captive...comment dire..c'est comme si quelqu'un s'amusait à t'envoûter avec des images qui te transportent dans des souvenirs pleins de douceurs ou gourmandise, puis d'un coup te réveille avec un grand coup de latte dans la figure. N'étant pas poète moi -même je m'excuse pour la naïveté de l'image, mais j'essaie d'analyser ce qui me transporte autant dans tes poèmes. Je t'avoue qu'un poème s'il ne me fait pas cet effet là, il ne m'en fait aucun parce que je ne me donne même pas la peine de le lire. Ca m'endors. Ce matin wahouu. Ca me réveille!

Stipe 28/05/2009 09:38

ah tiens, le serial-commenteur a frappé ici aussi...

Curieux..Curieuse..c'est...ICI 27/05/2009 23:11

BON MERCREDI...JEUDI ET LE RESTE DE LA SEMAINE à un blog où j'aime revenir tous les jours de la semaine...

lorent et ses 2900 trésors l
Les T......

Thierry+Benquey 27/05/2009 09:10

Je voulais visiter Emmanuelle et me retrouve chez Kafka, une erreur ?
Sourire
Freundschaft
Thierry

Stipe 26/05/2009 18:52

j'aime beaucoup ce texte où l'imaginaire du lecteur se faufile dans celui de l'écrivain.

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