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30 juillet 2010 5 30 /07 /juillet /2010 12:05

Elle met sa douleur dans la bouche, attend que le soleil active ses taches de son - pour cela, il lui faut baisser les paupières, soulever le parasol et si possible faire le chameau, enfin, une ou plusieurs bosses selon la les joues - Elle ferme aussi les esgourdes et tous les ports qu'elle a mouillés, elle distingue à peine le flip flop sur la coque, elle a consigné la sardine, encagé les mouettes au château d'If.
Le serveur a beau posé en silence le verre commandé, respectueux du repos de la demoiselle, son eau de lavande chiche trahit son approche.

Le plus difficile est de remonter des fonds, il ne faut pas se presser. Près des anémones gît une bouteille bien fermée emmitouflant un message. Elle dégoupille le bouchon, l'encre bleuit les cachalots, les coraux, la mer n'est plus que ciel plat, et elle, un nuage blanc encoquillagé. C'est à ce moment-là qu'elle doit prudemment retenir la douleur zygomatique large, en remontant tête la première, cheveux aux algues, queue de poisson.

Elle prend de main gracieuse le pied du verre, le liquide entre par la fente offerte à la dégustation à l'aveugle, c'est presque chaud d'été, ça bloque entre les baleines. La peau est prête à craquer toutes ses rousseurs. Retenir encore, attendre jusqu'à la suffocation... Comme elle tient, comme elle tient ! Lorsqu'elle ne voit plus rien de toutes ses questions, elle envoie rugir en gerbe sa pensée finale non châtiée : c'est tout un ultime verre de Pouilly Fumé et de douleur qui jaillit puissants entre ses lèvres, grandiose vulgarité sur la fontaine de la Dolce Vita.

Le serveur n'en peut mais; elle va empiler les chaises au décrochage du soleil, elle se prend pour la Fräulein C. du roman éponyme. Le carnet bleu a disparu. Elle respire un peu, beaucoup, à la folie.

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commentaires

Escarbille 21/08/2009 14:05

Quel plaisir de retrouver estival votre style inimitable !

soleildebrousse 08/08/2009 18:19

On s'y noierait presque.. suivre dans les lectures les affres des poupées de chiffon est dangereux et mauvais pour la santé.
âmes sensibles, s'abstenir.

Alice M 04/08/2009 22:18

Pareille intensité de plume mérite un ailleurs.

Descarmes 02/08/2009 22:12

quelle douceur, quelle; quel regard.

Christian 31/07/2009 01:22

comme ça tient, comme ça nous retient ici, de style et d'images si fortement dégoupillés... Sous le soleil exactement, une révolution de palais, d'intérieurs tendus en coup de chaud, jus'aux âpres remontées, jusqu'aux paisibles respirations enfin retrouvées...Et devant de si belles respirations d'écriture et de songe que nous offres, prêt au pari qu'avec des if(s) de si fort calibre en pensée et inspiration formidablement arborescentes,il sera toujours bien mis Trevi en bouteille...romanesque et poésie grand cru!

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