Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 septembre 2009 2 01 /09 /septembre /2009 23:59

La boue recouvrait le sol jusqu’au faîte des arbres. L’âme errait, les

jambes engluées. Les bras moulinaient lourds les nuages.

Je posais ainsi ce paysage d’Afrique. Je voyais très exactement la femme.
Le chien aboyait, maigre clebs de prairie.

La plainte s’élevait : maudit ou maudits.

Le cri incitait les larmes. Sous le grenadier stérile, il se perdait en citations
et tenait à tue-tête la femme suant son velours de raphia, pieds
braves.

Que dépleurait cette bouche ? Des os partis trop tôt, mal incendiés

pour cause de pluies ?

Maldit ou maldits : ainsi gouttaient les mots, et, jaunes de terre,

s’infiltraient-ils dans la mélasse séchée de la savane. J’entendais
très
exactement la femme. Le bas détrempé de sa robe résonnait
des
couches successives, du poids des allaitements. Ombres pointées,
ses
seins. Je commençais à prétendre qu’elle était nourrice; pour preuves,

les colliers fragiles d’éclats de coquille d’oeuf qui cymbalaient à chaque

reprise d’air sur sa poitrine, carmin, le sol mourant.

Le mont Kenya en fond de scène. Le galeux glapissait moins.

Malversées ou déversées, de la nature des larmes.

Maudit le jour où l’ombre de l’homme vint s’insérer dans la fente

du troglodyte

Damnée la bête dévorant l’homme piégé

Malheur à la femme tombant d’un coup de foudre à la renverse.

De la Cappadoce au Nil sur dos d’ibis frôlant la terre d’Afrique

deux moïses couronnés de soleil sur l’eau rougie

Ô enfants enlevés si tôt

Je posais mon front sur sa gorge en pleurs, la plainte me réchauffait,
le
chien gourd à nos pieds. Demain, peut-être, la couleur arriverait-elle.

Elle gémirait la seule poésie.

 

Partager cet article

Repost 0
Published by emmanuelle grangé - dans la nuit
commenter cet article

commentaires

Hime 10/09/2009 16:55

Je n'ai pas la chance de voyager autant que j'aimerais, alors merci de m'emmener à chaque fois dans tes valises!

Stipe 07/09/2009 15:21

tu nous offres encore un de ces textes que l'on peut lire et relire sans se lasser, tant il offre chaque fois de nouveaux mots, de nouvelles images, de nouvelles émotions.

tu écris avec une baguette magique.

Lilas kwine 02/09/2009 20:16

Ce qui fait la différence: lorsque je lis, souvent je réfléchis avant de me laisser porter; mais à la lecture de quelques textes, alors le miracle se produit et le processus s'inverse.
Comme chez toi.

stephanie 02/09/2009 15:48

Je n'étais pas venue me recueillir depuis longtemps ici, déconnectée que j'étais d'internet et de ses résurgences. Et là, dans ce cyber si africain parce que déjà tangérois, au milieu des rumeurs ramadanesques, j'ai retrouvé ce qui en Emma me parle, ce qui fait notre africanité, à nous les blanches... Je t'embrasse, je ne t'ai pas oubliée, pas un chouïa!!!

emmanuelle grangé 02/09/2009 16:02


comme cela n'est pas étranger, je viens juste de lorgner sur ton blog au cas où un texte de toi m'aurait échappé ! mes coquillages de 15 jours d'océan à toi, en pagne et sur nos fronts !


Présentation

  • : chantier traverses emmanuelle grangé
  • chantier traverses   emmanuelle grangé
  • Contact

Recherche