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15 septembre 2009 2 15 /09 /septembre /2009 22:08
Une maison de poupéeS, Ibsen

traduction, adaptation, mise en scène : Nils Öhlund
Féodor Atkine : Torvald Helmer
Olivia Brunaux : Nora Helmer
Alexis Danavaras : le docteur Rank
Emmanuelle Grangé : Kristine Linde
Bernard Mazzinghi : Nils Krogstad

Nils Ö. me suggère d'écrire à ma manière quelques billets de nos répétitions, tu penses bien que je dis oui :



1er septembre 2009  

La peau  

Il pleut en sortant du métro. Souvenons-nous de cet août où Feodor plante ses arbres fruitiers et sa charpente, où Olivia rend visite à Homère en Grèce, où Alexis adopte un chat, où Nils ne capte pas de chez sa mère, où Emmanuelle retrouve la Charente, où Bernard reviendra la semaine prochaine... De ces paysages aussi dépendront La Maison. Qu'est-il de plus flagrant qu'un épiderme le jour d'une première répétition ? Le soleil omniprésent de cet été n'a pas main mise sur la peau de l'acteur. Bestiole pensante, le comédien se tient entre l'apprentissage du texte et son interprétation bredouillante, ses idées lumineuses ! Dans cet infime détroit naît la création. Au metteur en scène revient la baguette du regard large; Nils a sa chemise bleue transpirante et l'oeil vigile parlant.

 


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2 septembre 2009  

L'amour et l'argent
l'hérédité et ses qualités
Nora et Kristine
Tor. et Kro.
Ce matin j'ouïe
Je me demande pendant combien de temps
je garderai les pieds nus
Septembre serait une belle saison
pour sécher un herbier
Et toujours revenir à la Norvège d'Ibsen
Le climax !
Je vois l'acteur en équilibre se pencher
Peut-être ne le fera-t-il que là en grâce de répétition,
à l'ombre du laboratoire.

Ce matin, les yeux de Nora étaient humides.
« Je suis heureux » « Moi aussi... C'est fini pour toujours » (Acte I, sc. 1)    

 

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3 septembre 2009  

« Putain de mort et saloperie de douleur » (Nora, acte I, scène 4) Dès cette scène, Nora dit l'inconsolable. Elle a convié son amie d'enfance, un fantôme ?, Kristine, qu'elle ne reconnaît qu'après effusion corps à corps et le docteur Rank mourant. La mort et la re-naissance. Juste un peu plus tard, une scène plus loin, Torvald dira à Kristine : « Venez, madame, à moins d'être une maman, l'endroit va devenir insupportable .» Je pense à la Médée de Pasolini. Je pense à Tchekhov qui disait sa Cerisaie comédie, Ibsen n'en aurait pas moins ainsi qualifié sa Maison de poupée. Parce que la tragédie n'est jamais dramatique.    


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4 septembre 2009

Je t'ai par cœur.

"L'acteur rabat les œillères au milieu du bruit de la brasserie, recopie l'auteur, réplique après réplique. Les mots se chamaillent la place, la portée, l'ordonnance dans le cerveau, se logent impacts dans le cœur. L'homme fronce le nez, les lunettes menacent de tomber, la calligraphie est aussi élégante que sa silhouette penchée à la Giacometti.
Il redevient apprenti, balbutieur, découvreur. Rien n'est jamais acquis...
Il n'y a guère qu'une chanson de Bob Dylan dans les haut-parleurs qui puisse lui faire relever la tête, tourner la cuiller dans le café froid. "Like a rolling stone ..." Les mains dans l'humus des mots, la mémorisation finit par pénétrer le corps.
L'acteur s'absente de longues heures, fourmi souterraine, il peut lui arriver d'oublier dans ces endroits publics de surchauffe un pull-over, un téléphone, un carnet d'adresses, un imperméable, il peut lui arriver de vouloir franchir le tourniquet du métro en oubliant de glisser un ticket, il se fait alors très mal.
(in Fräulein C. roman de E.G.)



 

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7 septembre 2009

 

 

Couleur Isabelle


Lilas en Scène est l’antre de nos répétitions aux Lilas dans le 93. Proche de la fameuse clinique de l’accouchement sans douleur.

Nous changeons de salle aujourd’hui, d’une dénommée « Leila » -de l’arabe nuit-, nous passons à « Isabelle » - Isabelle la Catholique aurait fait le vœu de ne pas changer de chemise avant la fin du siège de Grenade en 1491…-  Le ciel est à l’été.

Nous avons visité les dernières scènes de l’acte I.

Je voudrais ce soir après le travail d’aujourd’hui ne penser qu’à l’espèce de pureté de Nora.

« Mmh » (Torvald, acte I, sc.9), je vais relire mon texte.

 

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14 septembre 2009

On a beau lire, relire, penser, taire, que sais-je, rêver, le monologue de l'acteur chez lui n'arrive pas à la cheville de l'intime lors de la répétition à plusieurs. Quelle est cette chose que j'abandonne dès la porte de chez moi claquée ? Quelle est cette rumination silencieuse dans le bus devant la femme qui in extremis arrivera à hisser la poussette et son enfant dans l'habitacle roulant ? De quel ordre est ce rituel commençant en bas de ma maison à heure presque précise et finissant à la porte de Lilas en Scène ? Bien souvent je vois en premier Alexis là où un pâlot rayon de soleil veut bien encore chauffer les corps endormis. L'automne est-il là ?
Notre tanière est chaude et sans garantie et sans esbroufe, nous travaillons mine de tout; Nils ne perd aucun d'entre nous.





ps : ceux-ci et d'autres et d'autres regards (vidéo si j'ai bien compris...) devraient être publiés sur le blog du théâtre de l'Athénée, Paris, sous peu ou bientôt ou... en 2010 (nous jouerons cette pièce en mai 2010 à l'Athénée, ailleurs à partir de ce 13 octobre).




   








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Published by emmanuelle grangé - dans à vous
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commentaires

Hime 17/09/2009 10:31

Voilà un univers qui m'est étranger.
Voilà ton univers qui me plaît.
Voilà que je t'aime pour de bon.

Edouard 16/09/2009 17:55

Comme une pierre qui roule de Bob en blog, je m'arrête ici, cueille un peu de ta mousse, puis repars vers le théâtre de la vie, avec ses sabordages en bouchées doubles, ses naufrages délicieux, ses radeaux qui médusent, car Pierre qui coule peut être bon mousse....voire bon capitaine !

Thierry Benquey 16/09/2009 11:09

J'aime te lire travailler. Amitié. Thierry

soleildebrousse 16/09/2009 09:20

A Avignon,il y a quelques années (j'ai oublié combien), à l'honneur La maison de poupée en allemand avec sous-titrage au bas du plateau. Sais-tu qu'il était souvent possible de se contenter de regarder et d'entendre pour être complètement pétrifié ? J'ai adoré cette mise en scène (certes grandiose à grand renfort de décors.. mais quand même).

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