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4 octobre 2009 7 04 /10 /octobre /2009 12:23

1961 – 2009, Berlin

 

Il y a 20 ans tombaient les pierres, naissait ma fille, je ne savais pas, je le jure, je m’y attendais, mais ne le savais pas, je le jure sur la tête de la jeune fille à part entière née de mes entrailles, mais elle avant tout, je le jure, nom de Dieu ! Pourquoi et merci d’avoir été gamine dans cette histoire, berlinoise à tel point qu’aujourd’hui  encore je ne suis jamais à ma place, et là où je me pose, je peux dormir et entendre la chauve-souris qui bat des ailes et me fait peur. Je jure que je pourrais dénicher dans mon sommeil tous les engoulevents, je jure que je ne suis asthmatique que par inconsolation. Je me rappelle les livres achetés à Berlin-Est, la pasta de Norah  tous les jeudis, la lavande anglaise de Samuel, les Dunhill menthol de Jeanne, le caniche des Castletown, les cartes de vœux sur le guéridon bancal, Ionesco me cueillant avant la fin de la représentation boudée, les pieds nus de ma mère, M. Eisenstein devenu M. Rochefer, la neige boueuse à l’arrêt de bus, W. Brandt et J.F. Kennedy , le jazz au Tiergarten avec Carola, mon aînée, qui me racontait Ulrike Meinhof, les révisions du bac et de l’abitur entre deux longueurs de piscine sous l’eau, l’odeur des  pelouses  tondues, le whisky hélas de mon père, les gommes blanches et lisses de la secrétaire, le siège arrière trop profond de l’Opel noire, le couloir de l’Est, les films de Fassbinder à la TV, « Un jour, je serai poète ou reporter et je n’aurai plus besoin de laissez-passer »,  l’odeur des glands dans l’auge des sangliers, les Turcs de la Müllerstrasse, mes patins à glace, les arrosoirs des vieilles dans les cimetières, les pfennig dans le tiroir, le train militaire Berlin-Strasbourg, le casque de cosmonaute de mon frère, le pain dur lancé aux mouettes, l’histoire de Struwwelpeter, le silence de la grande villa, Moses Mendelssohn, les Lumières, les mains lavées, les cheveux peignés avant les repas, les larges avenues, les immeubles dézingués, troués, les groseilles à maquereau acides dans les jardins ouvriers, mes absences, la porte de ma chambre fermée.  Je me rappelle les centimètres gagnés vers le ciel sans barbelés et mon incompréhension, le début de mon hypermétropie et celui de la pensée confuse débroussaillée de jour en jour. Quel boucan, quel boulot, hein !

 

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Published by emmanuelle grangé - dans histoire de famille
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commentaires

edouard 22/12/2009 11:50


j'aime quand tu te racontes, et je comprends ce qui a contribué à te forger un style unique et inimitable. Ta vie n'a rien de singulier,et tes créations à géométrie variable dépassent l'entendement
des esprits monolithes et carrés, j'en suis certain. Et ça, c'est beaucoup.Bonne journée à toi l'artiste.


soleildebrousse 06/10/2009 23:48


Très belles associations d'idées.. Comme quoi, les piles ne s'usent que si l'on s'en sert.. mon jeu de mots est stupide. C'est juste qu'à te lire une seule chose m'est venue en tête. Cette idée
étonnante de pouvoir jeter les journaux une fois que vingt ans ont sonné. J'ai eu soudain comme toujours un petit vertige. A me dire que si... non. J'entasse, j'entasse, j'entasse. Quitte à ne pas
savoir m'en resservir.


Hime 06/10/2009 12:38


Ah, ta rumeur! Ah, ton labeur!
Je rejoins Stipe sur l'expression: parfaite.


stipe 05/10/2009 10:26


" je jure que je ne suis asthmatique que par inconsolation", je te l'emprunterai à l'envi.

comme toujours, tu as cette façon à toi de dire la nostalgie sans amertume, la mélancolie sans timentalisme.
Une autre façon de voir ces épisodes.


hervé pizon 04/10/2009 13:48


à te lire, ich bin ein Berliner


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