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10 septembre 2010 5 10 /09 /septembre /2010 00:34

7 septembre 2010, Paris

 

Non, pardonnez-moi, je trouve souriantes, je vais même préciser attendrissantes, sur vous les chemisettes en septembre, les blanches rayées de bleu, à moins que ce ne soient vos bras nus lorsque vous tombez la veste et dites je vais me laver les mains. Il est vrai, vous avez raison, c’est plus aisé ainsi sous le jet du robinet. Je vous vois partir de dos, un peu vouté.

Je suis passée par la librairie où j’hésite encore à acheter le livre que je me suis promis de lire et qui est déjà décliné sous tous les tons admiratifs, goguenards, copains ; j’aime bien son bandeau gris, ça change des rouges, par exemple de celui de l’auteur « dé-bor-dée », je me demande cependant si à force de ne pas échapper aux qualificatifs assez élogieux somme toute je ne vais pas me résigner à le rêver, tout simplement. Je suis passée aussi par La Civette, j’allume une cigarette pendant que vous êtes aux lavabos et excuse un jeune homme qui bouscule de son gros sac votre chaise, pardon, je vous en prie.

Vous avez de beaux bras larges. Vous revenez de l’été à la campagne, cela se voit, vous avez dû encore aménager, raboter quelques murs de votre maison, d’ailleurs vous me proposez de nous y rendre, vous prendriez un jour de congé, nous partirions le matin, rentrerions le soir, il y a deux heure de route et peut-être même du roux sur les arbres. Je pense que c’est une idée délicate, venant de vous c’est certain, et j’acquiesce.

Parfois mon œil en cette fin de journée-là s’égarait entre nos paroles, vos bras nus, le verre tendu haut par le jeune homme au gros sac, les affiches du Louvre. Non que je me déconcentrais, mais il y avait dans l’air bruineux un éparpillement du temps qui aurait pu être à cet instant une annonce mélancolique d’une saison connue, vous savez comme lorsqu’on a déjà vécu une situation et qu’on n’ose le dire car qui le croirait et qui cela intéresserait-il, même pas moi… J’avais remarqué votre nouvelle sacoche noire, je me demandais si vous y transportiez toujours comme dans l’ancienne les photos de votre enfance, de vos amours, la mienne, des lettres… je me le demandais comme je regardais les affiches et les gens passer. Vous aviez remis votre veste, nous avions repris le métro et échangé encore des gestes et des propos surannés.

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commentaires

Edouard 16/09/2010 13:46


Touhjours ce style si singulier, cette atmosphère où seul le vouvoiement ne peut que seoir. Bonjour Emma ou bonsoir


Zoé Wolf 11/09/2010 10:21


Merci Emanuelle, c'est beau...
J'ai toujours en tête ta magnifique lecture de cet été... Magique...


fragon 10/09/2010 19:47


Je vole le temps d'une connexion plantée au rebord de mon balcon sous le ciel bleu de la ville blanche. Pourquoi cette impression d'automne dans tes yeux ombragés de roux me lancine-t-elle donc le
coeur ?


Duchesse 10/09/2010 13:06


Ca s'appelle un gentil bonheur et de le lire en est un. Merci Emmanuelle.


Sebastiane 10/09/2010 11:39


Quel plaisir d'être de retour et de te lire, souriante!
Un vrai bonheur!


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