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7 septembre 2014 7 07 /09 /septembre /2014 12:50

 

 

 

 

 

ortie1.jpg

 

 

 

Ça brûle comment, les orties ? Comment ça, ça brûle ? Elles peuvent piquer les mollets, ça n’est pas plus grave que ça, mais quand même. Regarde, voici des orties.

Cet été, elles avaient outrepassé le grillage protégeant la plate-bande champêtre qu’on aimait semer en ville depuis quelques années, étouffé les graminées, les asphodèles – que pourrais-je nommer ensuite de mémoire d’herbier ? Cet enclos empêchait l’accès direct à une berge du lac, permettait sans doute aux canards d’être peinards et de brûler les jambes nues car cet été les orties étaient montées en fleurs et en graines. On laissait la nature se répandre ou on était sadique.

Il n’y avait personne ou, assis sur un banc, un vieux, une vieille que nous distrayions. Nous n’avions pas de pain à jeter et l’enfant lança une pomme de pin dans l’eau : les canards pagayèrent jusqu’à l’appât, haussèrent les plumes et s’égayèrent derrière l’enclos, à peine vexés. Les pigeons ne se laissaient pas leurrer, pas un ne vint frôler nos chevilles nues. Nous en avions vu un mort cramé sur le bitume avant d’arriver au bois. Touche pas, vaut mieux ne pas toucher : l’enfant était accroupi une main tendue vers les plumes du cadavre. Sur le trottoir d’en face, un grand bonhomme dégingandé jouait des percussions avec une bouteille plastique et nous souriait puisque nous le regardâmes.

 

Nous franchîmes le ruisseau, des prairies jaunies, des vertes. Nous arrivions au bois. Nous prîmes des sentiers piégés d’orties qui menaient parfois à des toiles de tente. Ne les dérangeons pas. Oui, répondait l’enfant, ils n’ont pas d’autre maison. Regarde, disait l’enfant, il fait presque nuit, et là, il fait jour. C’était un jour de chauds nuages gris, d’avancée dans les bois que l’enfant privilégiait. Ce fut un long retour pour les jambes nues du petit enfant. La nuit, j’allais fouiller les définitions de l’ortie.

 

 

 


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Published by emmanuelle grangé - dans sans
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commentaires

l e b A b e l 07/09/2017 11:20

J'ai presque l'odeur des orties, à la fois ombre, humide et acide, qui me revient, mêlée à celle de la mente sauvage, avec qui elle partage la même colonisation des lieux abandonnés.
Là où tu vois des bouleaux, des frênes, des orties, de la menthe et des fruitiers redevenus sauvages, tu marches sur le dallage urticant de l'oubli.

anatole2011.over-blog.com 16/09/2014 14:33

la nuit chercher les réponses pour le lendemain

l e b A b e l 07/09/2014 15:39

Moi, c'est comme ça, quand j'ai le coeur à nu, il tombe dans les orties.

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