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16 juin 2013 7 16 /06 /juin /2013 13:29

 

 

 

 

Dans son filet à provisions, il y a des choses qui percent large la maille, d’autres qui la gonflent. Toutes lui égratigneraient le mollet, aussi balance-t-elle le baluchon, ainsi celui-ci évince-t-il les toujours importuns qui empruntent le même trottoir, le même itinéraire qu’elle. Le vendredi, par tous temps, la longue silhouette glisse hors sa tanière, déploie ses abatis pour avaler en quelques enjambées le bitume jusqu’au poissonnier qui lui réserve des têtes de  merlu, jusqu’au portail. Mine de rien en sifflotant vers le Père-Lachaise, en tirant la langue aux touristes, les menaçant du boulet pendu agité à son bras.

On avait su son prénom quand elle balançait son cartable en sifflotant vers son collège Flora Tristan : Henriette, Suzanne, peut-être Marie. On l'avait oublié, on lui donnait de la-mal-commode, de la-mal-coiffée, de la-zinzin, de la-marteau. On s’en foutait, on brodait, on la voyait passer à pas d’âge, le vendredi, elle était dans le paysage, on gloussait dans son dos, on n’aurait pas aimé qu’elle disparaisse.

Si on était curieux, on constaterait ses itinéraires différents selon les saisons dans le cimetière, on verrait sa tête renversée aux ciels, penchée vers la terre, on la verrait tâter la patate germée sur la tombe de Parmentier, dégringoler vers la stèle d’Héloïse et Abélard, on remarquerait le méplat de ses joues sombres se rider et son nez se dilater lorsqu’elle donne à manger aux chats du Père-Lachaise, qu’elle extirpe de son filet un arrosoir, un râteau, qu’elle gratte le sol sec, mouillé, meuble selon la saison, lorsqu’elle sifflote aux morts, à l’aveugle.

 

 

 

 

 

 

 

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Published by emmanuelle grangé - dans sans
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commentaires

le babel 18/06/2013 04:03

« … ceux qui suivaient mes textes se sont lassés »…
Étrange. Une chronique d’instants poétiques, écrits avec un soin de dentellière. Non pas de grandes tragédies, pas plus d’immenses trémolos, mais des feuillets arrachés à la spirale couverture en
carton façon moleskine. Si le fond déçoit ceux pour qui les reflets changeants dans les fenêtres et vitrines de la ville, qu’au moins la forme y soit dégustée !
Mais demeure un mystère, un poème que j’aime bien, aujourd’hui qui enfin dit ce sentiment face à un à-plat de soleil a été dix moins coté qu’un autre écrit plus vite, approchant ce thème, sans être
épuré de métaphore.

Sybille de Bollardiere 17/06/2013 10:36

Un arrosoir au Père Lachaise, titre de mémoires

emmanuelle grangé 17/06/2013 23:34



trop jeune pour les mémoires !



soleildebrousse 16/06/2013 21:16

Oui, on la verrait, et grâce à toi on la voit. Je suis sûre que tu auras mille compliments.
On n'a pas la suite des autres, là.. dans leur villa aux hortensias dans des pots vernis ?
J'aimerais bien savoir la suite, moi.

emmanuelle grangé 17/06/2013 23:32



un compliment de toi est encourageant, toujours. non, je ne suis pas une assez grande tapageuse et constate que ceux qui suivaient mes textes se sont lassés ou... N'importe, têtue je suis. Merci,
soleildebrousse de tous temps !



le babel 16/06/2013 15:43

Alors mince : elle et moi, nous nous sommes croisés du temps jadis, quand j'aimais tant le pied en marbre des arbres au Père Lachaise…

emmanuelle grangé 17/06/2013 23:33



ça n'est pas impossible



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