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8 juillet 2014 2 08 /07 /juillet /2014 22:51

 

 

 

 

Le rose lui allait bien, il éclairait ses cheveux gris. Elle rajustait le paletot rose sur ses épaules, l’ajustait, l’échancrait. Elle se voyait dans le miroir. Elle se tenait au beau milieu de la tablée face au miroir. Somme toute, elle n’en était pas mécontente, ni de ses boucles retrouvées, bien serrées depuis l’abandon de leur teinture, prétendait-elle.

La nuit avancée distillait une fraîcheur et nos rires. Farceurs, nous repoussions sans efforts le proche lendemain.

Elle portait toujours quelques rubans dans les cheveux qu’on pouvait ne pas voir immédiatement. Une mousseline noire, légère, bouffante sur sa jeune respiration ce soir-là. Un ruban gris bleu.

Il avait les cheveux sérieux plaqués en arrière, plus tard, un sourire quand elle débarqua je ne sais d’où.

Lui, un front déjà hâlé, une veste violine, une voiture garée pas trop loin.

Elle avait un visage très fin, plus étroit que sur les photographies. Comme l’acteur plus large à l’écran qu’en vrai. Constaté en vrai dans un restaurant vietnamien du vingtième arrondissement parisien, par exemple.

Sa façon appliquée de parler me rappelait celle d’un ami italo-tunisien marié à une Argentine.

Je me demandais si parfois elle maquillait ses yeux, je la connaissais à peine. Sans doute. Elle est musicienne, j’observais ses mains, elle était assise à ma droite.

En diagonale, nous nous lancions quelques mots. Minces silhouettes. Il semblait que nous devions nous revoir.

Le cône de papier retenait les éclaboussures des crevettes sur plaque chauffante. Ensuite, le papier, la tête des bestioles enlevés, tu manges tout, oui, même la carapace. Tu voulais commander des légumes chop suey, mais le serveur t’a prise pour une gourde, une béjaune, il a levé les yeux et les épaules au ciel, il t’a apporté un bol de riz, tu n’as pas bronché, t’en as mis partout sur la nappe, de la sauce épicée, des grains de riz, des bouts de tête de crevette, non par vengeance, par délice, surtout par faim (la nuit avancée).

À main droite de la femme en boucles, une autre femme, mais je ne sais plus, je ne la connaissais pas ni la musicienne aux beaux yeux pas maquillés.

Certains prirent le dernier métro, d’autres rentrèrent à pied plus tard. Dans la voiture, je sentais le parfum poudré de la jeune femme au ruban et sa respiration calme. Un soir d’été.

 

 

 

 

 

 

 

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Published by emmanuelle grangé - dans sans
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