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4 mars 2010 4 04 /03 /mars /2010 18:17



C’était hier à peine

 

 

 

On s’était dit, pas en voix -celles-là, on les gardait au chaud depuis un jour il y a plus d’un an au téléphone- mais en textos tirés attrapés renvoyés, moi manteau noir, écharpe rouge, moi un bouton manque à mon manteau et tennis. On s’était bien sûr donné rendez-vous au bord du grand bassin des Tuileries. On l’avait écrit l’une l’autre, à notre façon, un autre jour.

Elle venait d’un pays où sans doute les cigognes sont aujourd’hui, je sortais du métro, le bouton dans la poche. Elle était la première, elle m’avait reconnue dès la percée de la rue de Rivoli, nous avions de concert agité la main d’émoi  -c’est la droite, l’autre est toujours occupée à veiller le petit cœur- Je ne pensais pas qu’elle allait me prendre dans ses bras, mais si, et par quatre fois, et volaient nos cheveux, gamines,  jusqu’au ciel venteux.

Son manteau boulottait comme le mien, cela entamait bien le déroulement de nos langues sans décorum.

Comment est-elle ? Belle, je te dis ! Une barrette essayait de contenir ses mèches flèches.

Nous nous emboîtions le pas à gorge que veux-tu. Ce n’était pas que nous nous connaissions de tout temps, c’était à dire, tout fort. Mon amie, je la sais maintenant, m’entraînait à contre-courant de la nostalgie des Tuileries, des bateaux en berne en cette saison. Là, n’était jamais son propos, d’un deuil, d’un regret. Sa voix menaçait d’ébranlement tout fonctionnariat dont pourtant elle pouvait, chiche,  se couvrir ; d’une immobilité intranquille, elle envisageait, vivait le présent, plus loin ne lui faisait pas peur. Elle disait qu’elle aurait dû écrire avant, qu’elle aime tant les enfants ; nous nous donnions de leurs nouvelles. Nous aurions pu échanger des recettes de cuisine, cela aussi. Nous le ferons en roulant encore des yeux et de la salive.

A la table d’à côté, des Finlandais gobaient à ses vives couleurs notre discussion. Peut-être seraient-ils à toujours désemparés  devant le flot français ? Nous leur avions dit au revoir, en anglais, nous excusant à peine, tant aimables nous étions.

 

Quand le métro nous a reprises, chacune notre côté, j’ai longtemps observé mon amie qui m’a longtemps regardée. Puis nos textos bienheureux. Dans mon sac, son cadeau : Le tableau de Paris de L.-S. Mercier.



 

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Published by emmanuelle grangé - dans à vous
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commentaires

patrick dreux 05/06/2013 14:56

tu écris comme la vie

le babel 03/06/2013 13:14

Le pointillisme : un monde réduit à ses détails, à leur charge d’esquisser ces lignes de fuite et de bâti où s’esquivent ces choses qui ne sont pas grand-chose.

soleildebrousse 03/06/2013 11:05

Sais-tu que j'avais oublié cette histoire de livre : il est toujours parmi mes préférés et je ne me lasse d'en faire l'éloge !
PS un "moi" au début du texte qui aurait dû être un "toi" non ?

tazerim 27/05/2010 11:16


Je tombe par hasard par ici.
J'aime la sensiblité, la tranquilité, et la clair-voyance que tu mets dans tes textes.
J'ai comme le sentiment que cette écriture est plus forte que toi, que tu ne pourrais plus t'arrêter de dire, d'écrire.


hervé pizon 18/03/2010 16:52


aussi légère avec tant de profondeur.


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