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12 octobre 2013 6 12 /10 /octobre /2013 22:43

 

 

 

 

Par le Velux entrouvert tombaient les feuilles rouges de la vigne dans la maison, c’était curieux, à cause du vent, à cause de l’inclinaison du toit, sans doute. La vigne s’accrochait au mur opposé à la fenêtre. J’aimais penser qu’elles m’advenaient, je les laissais rouges se dessécher sur le plancher en pitchpin, aller et venir au rythme des courants d’air. Elles furent de plus en plus nombreuses, cette année-là. Cette année-là, il y eut un été chaud, puis un été indien, puis d’un coup les chandails. De rouge elles devenaient transparentes, de fins copeaux de bois. Je fermais la fenêtre, je les entendais mieux s’écraser sous mes pas.

À force, je ne distinguai plus que les nervures résistantes, puis les brindilles rouilles allèrent rejoindre un coin de la pièce, près de la porte, le couloir, la terrasse où la vigne s’était ressemée au pied du rhododendron, qui grimpa sur le mur d’en face et ne manqua pas de m’envoyer ses rejetons rouges un jour d’automne par le Velux entrouvert.

 

Je reçus ta chanson comme au premier jour, je la chantonnai de long en large en travers, nervurée, comme si je me heurtais à toi partout dans la pièce, à la table, aux deux chaises, au lit, à la boule sombre dans le rideau, une chauve-souris, repue de raisins, à me faire peur quand elle claque des ailes en rond, à m’en faire tomber.

 

 

 

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Published by emmanuelle grangé - dans sans
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Marianne 13/10/2013 11:18

C'est une belle page de lecture que vous nous offrez là.
Toute en poésie et finesse.
Un vrai plaisir.

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