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24 novembre 2013 7 24 /11 /novembre /2013 23:40

 

 

 

 

Je crois encore que nager, seule, tôt le matin m’est indispensable. J’organise tout en ce sens : descendre l’escalier de la maison en évitant les marches qui couinent, je les esquive en me balançant au-dessus d’elles, les bras tendus sur les rambardes, la serviette autour du cou, la brosse à dents et le dentifrice coincés dans mon maillot de bain. Je sais comment ouvrir sans bruit la porte vitrée de la cuisine, voir la mousse tendre gorgée de rosée sur le muret m’indiquer le soleil de la journée, ses stomates inspirent les rayons, sèchent le temps de mon Nescafé. J’enfile un short, je glisse dans mes sandales, ils dorment tous, il suffit de dévaler l’avenue de la Forêt, je plonge dans l’océan avant même l’arrivée des deux vieux en peignoirs sur la plage.

Je crois qu’il neige toujours à Noël, mon père mettait du coton dans l’arbre, ma mère avait une robe couleur mandarine. C’est une tradition, la neige à Berlin.

Je crois bien n’avoir mangé d’aussi bonnes araignées de mer que sur le port de Brest, n’avoir jamais vu autant de camélias en fleurs résister superbes aux vents.

Lorsque nous sommes enfin arrivées à Venise, Sarah, Christiane et moi avons ri, mais ri !

Lorsqu’ils partent, les enfants, les aimés, je les rassure : ça me fait des vacances ! J’y crois dur comme je l’ai toujours dit. Et je m’étale.

Je pensais en marchant dans Prague, ce sera bon d’y revenir, c’était avant que je fuie le musée près du cimetière juif, on y avait exposé des dessins d’enfants déportés, les murs brûlaient de leurs maisons, de leurs soleils croqués dans les camps. Ces petits ne pouvaient croire à la bête immonde.

Quand je me retourne, je vois tous tout dans un halo exact, la preuve. La plupart du temps, je ne me retourne pas, je suis auréolée d’eux. Je n’ai plus l’urgence de fendre les vagues ; sous le jasmin de Tanger ou à travers ma fenêtre, je sens l’odeur saline des yeuses et les rochers qui m’écorchent. Tiens, à 23h30, il pleut à ma fenêtre.  

 

 

 


 

 

 

 

 

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Published by emmanuelle grangé - dans sans
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commentaires

sophie 25/11/2013 20:18

Frissons Emma...Merci...

l e b A b e l 25/11/2013 04:39

Puis, le ruban renoué sur les lettres et les photos, chercher du bout du doigt l’interrupteur qui actionne le « j’aime ».

Sybille de Bollardiere 24/11/2013 23:51

J'aime toujours autant te lire, aimerais maintenant ré découvrir toutes ces pages rassemblées, à feuilleter...

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