Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 avril 2011 6 23 /04 /avril /2011 16:55

 

 

 

Ce soir, je me tairai, je relirai le dernier texte d’A.-O. B.

 

Je parlais des visages nus, j’y revenais; en mémoire j’avais une photo prêtée de deux vieux, on n’y voyait que leur dos pas tout frais loin s’en faut, en plein soleil, et leurs ombres longues comme un jour sans pain. J’écoutais aussi à la radio une autre vieille : « manger de la salade, jamais malade, manger de la laitue, jamais cocu ». J’aimais bien ce matin-là me rappeler ceux-là et les rimes, pécaïre, et ma prêteuse de photo. Au temps pour moi, je rajustais mon boubou, le soulevais d’une main, dans l’autre une deuxième tasse de café, histoire de ne pas me casser la margoulette dans l’escalier et de grimper cou tendu vers l’antre luxueux de mon rien qu’à moi et parfois aux autres puisqu’y ronronne l’imprimante et que s’empoussièrent ou pas selon l’usage de la consultation et du plumeau souffrant quelques bouquins et dicos. Il y a des traces de doigts et de doutes.

Je parlais des visages nus, c’était difficile.

J’aurais aimé parler en poème en tournures ou pas quand j’aurais été bien vieille avec beaucoup de licences effrontées et aucune eau dans mon vin ; j’aurais attendu les corrections des lecteurs (quant aux temps par exemple).

Je parlais des visages nus, je n’y parvenais guère (trop de fatigue, trop la même obsession, trop pas, dit la gamine de palier ?)

J’arrivais dans la pièce du haut sans conviction, mais avec la ferveur de l’à peine réveillée que la radio d’habitudes enclenchée a déjà assommée.

J’aurais dû parler des yeux mi-clos dans le visage nu.

Je me promettais d’écrire à ma prêteuse sans doute en vacances de printemps ; lui dirai-je, fais-tu escale à Paris ?

Je parlais… Peut-être à cause du rimmel qui coule des yeux de l’actrice et à qui on pardonne le manque de waterproof parce qu’un sillon de suie dans la poudre, c’est joli et apprêté et plus pour de vrai que la larme de Man Ray. Pourquoi, dis-moi, prêteuse, lorsque nous pleurons, ça fait tout moche et des jours à dégonfler les paupières ?

J’allais dans la salle de bain déboucher le flacon d’eau de bleuet, m’en verser une rasade sur les yeux, juste avant j’avais vu la dernière grappe de lilas s’agiter au ciel, c’était ça de dit.

Je mis à l’aveugle mes doigts sur le clavier, mais comme je n’avais jamais pris la peine de m’y exercer, ils buyttèrebt cintre ma pe,séz, velle d’acrire à ^propos deq visahrq nus.

 

 

  

Partager cet article

Repost 0
Published by emmanuelle grangé - dans sans
commenter cet article

commentaires

Aurélia Pempénic 10/07/2011 15:15


Bonjour Emmanuelle, j'aime bien ce texte, les visages nus je sais pas trop mais ça parle quand même! et alors ça me rappelle mon pigeonnier vers lequel je montais par un escalier de bois
tournicotant et dont je rêve encore souvent, pour aller fumer des gitanes maïs... peuchère!


emmanuelle grangé 13/07/2011 10:27



si on savait, arrêterait-on d'écrire ?


merci Aurélia



Seb 30/04/2011 12:33


Comme pour de vrai, toujours!


emmanuelle grangé 25/04/2011 19:08


Vous finirez bien par aller lire Stipe, son dernier blog s'intitule "Sale affaire pour les salafistes" (pas les salsifis, hein !)


Stipe 25/04/2011 19:04


j'ai kiffé mais j'ai pas compris la fin.
lol


(ou l'art de masquer son émoi derrière un nuage d'humour convenu)


anatole2011.over-blog.com 25/04/2011 15:48


le temps sans corrections d'une mélancolie
qui pose ses larmes sur les correspondances
le futur passé simple composé d'imparfait


Présentation

  • : chantier traverses emmanuelle grangé
  • chantier traverses   emmanuelle grangé
  • Contact

Recherche