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29 mai 2014 4 29 /05 /mai /2014 20:32

 

 

 

Aucun silence, aucune absence. Une saison remplace l’autre, vois ce printemps frileux qui nous fait éternuer d’allergies et de froid. Je pense à toi, tu penses à moi.

***

Aujourd’hui encore tu as pris le métro, avant tu as repassé une chemise, bu le café préparé par le premier réveillé, laissé au chaud ; ces gestes sans décalage, à peine las. Tu as ouvert un livre après avoir ouvert ta sacoche dans laquelle sont rangées tes lunettes à leur place, tu as remarqué les mêmes personnes dans la rame de tous les matins. Tu as pu t’asseoir à la station Nation, beaucoup sont descendus, avant que d’autres entrent dans le wagon, tu as choisi ton siège, la sacoche par terre entre tes pieds, tu t’es un peu étalé pour que le voisin ne t’écrase pas, tu as pris de la marge, tu as bien calé ta sacoche. Tu ne portes aucune attention aux parfums, aux effluves, à la femme qui fignole son maquillage sans bavures, comme elle, tu es expert en gestes fantômes.

***

Tu dors peu, tu prépares le bol de céréales, puis tu laves le bol après que la porte d’entrée a claqué. Tu aères la chambre de ton fils. Tu es lavée, habillée, coiffée très vite. Tu bois un café dans l’établissement en bas de chez toi, tu achètes des cigarettes. Tu marches, tu t’installes sur la moleskine connue aimée rassurante, tu commandes un café, tu ouvres ton ordinateur, tu parcours des messages, tu y réponds, tu essayes alors de travailler. Tu vois les gens dévaler la rue des Martyrs.

***

On a noté pour toi les rendez-vous que tu honores. Il t’arrive d’en décommander, tu peux prendre un jour de congé pour choisir un nouveau frigo – le tien a rendu l’âme. Tu peux te le permettre après tant d’années de métro.

***

Nous nous lisons. En Suisse, on dit « parmi », nous nous lisons parmi.

***

 Le soir, tu t’assois sur la moleskine d’un tabouret. Si ton fils en éprouve le besoin, il t’appelle, tu réponds. Je pensais à toi.

***

Tu masses ton pied toujours douloureux, qui fourmille. Il est insensible depuis ta hernie discale. Tu claques du pied le trottoir. Je pense à toi, tu penses à moi. Tu as déménagé du cœur de Paris, tu habites une maison à Bagnolet. Tu écris de ça de ta famille, tu l’interprètes. Tu fais de la gymnastique tous les matins, tu enfiles tes vêtements du jour. Tu vailles que vaille, petit soldat, la douleur passera son tour.

***

Parfois tu te trompes, mais tu ne le sais plus. Tu as des choses en tête, à faire. Elles t’alourdissent, t’envahissent. Tu te lèves, tu remplis le bol. Tu entends la porte claquer. Tu fais couler l’eau chaude. Tu sors. Dehors ce serait vivant, d’ailleurs tu vois les gens.

***

Tu lui envoies tes corrections. Vous vous écrivez. Elle t’imagine au bord de l’Erdre, elle te voit comme elle te voyait en Afrique. Vous vous entendez. Je pense à toi, tu le sais.

***

Tu as des rancunes, tu les dates, tu les signifies, tu vis avec ces égratignures, tu finiras par les dire à ta manière. Tu attends la moleskine rassurante du soir. Tu vois les gens dévaler la rue des Martyrs. Tu as planté les banderilles, tu assommes par surprise l’amie. Elle pense moins à toi, tu n’y peux plus rien.

***

Tu vas à l’école, tu as mal à la tête, tu le dis au maître qui appelle tes parents qui viennent te chercher. Il ne faut jamais douter des maux de l’enfant. Tu vas à l’école dans le 20e arrondissement, tu ne racontes pas ce que tu manges à la cantine, ou alors tu inventes, du poisson, de la purée, un yaourt, des fraises en janvier. Tu tais les activités.

***

Nous jouons à l’école ensemble, je n’ai le droit de parler qu’après avoir levé le doigt. Nous restons des jours sans nous voir. Je pense à toi, tu penses à moi. Tu m’appelles au téléphone : tu te souviens quand tu m’avais mis le tablier de peinture pour dîner, c’était le faux, tu t’étais trompée, quand tu n’avais pas trouvé le rhinocéros rouge, il était tout en haut de l’étagère ? Je t’aime très fort, Nono, ciao, ciao !  Et tu raccroches. Tu as quatre ans.

 

 

 

 

 

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Published by emmanuelle grangé - dans sans
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commentaires

anatole2011.over-blog.com 27/06/2014 14:12

"Écrire parmi", j'adopte cette tant belle formule, qui fait de l'écriture un art de vivre, et non un acte à part.

l e b A b e l 30/05/2014 06:28

Toutes ces vies à fleur de face dans le métro…

Soleildebrousse 29/05/2014 21:03

Tu ne te promènes pas par ces temps de fin de mois de mai ?

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