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31 août 2014 7 31 /08 /août /2014 17:47

 

 

 

 

Là où je me rendais me trouvait fébrile, c’est ainsi que jusque là je marchais évacuant une ou deux tensions. J’essayais d’étirer ces vingt minutes, je n’y parvenais jamais, j’avais beau regarder les enfants pique-niquer en groupes près des nymphéas – je traversais cinq, six minutes le Parc Floral, je ressortais –, il y en avait toujours un à me regarder, le voir, qui m’implorait presque tant le paquet de chips uniforme l’ennuyait. Tu m’emmènes avec toi ? Puis je sortais du parc, longeais la route, m’enfonçais dans les sentiers retournés par les chevaux, évitais le crottin. J’arrivais au théâtre. L’enfant était loin, c’était un garçon, blond blanc noir roux, je ne sais plus, un garçon, oui. Le reste ? je ne sais. Je traçais, fébrile, remarquais ces détails qui reviendraient plus tard. Aujourd’hui, par exemple. Le garçonnet ne me regarde pas, il mange des chips, puis il me voit parce que je ralentis le pas et le vois. C’était insupportable, nos yeux qui se cherchaient, se croisaient, se comprenaient, s’ignoraient. C’était mortel, ce mois d’août sans soleil et ces enfants qui découvraient la mer sans pouvoir pointer l’horizon qui crachait son gris, qui s’enrhumaient sous leur capuche sur les molles chips sur la plage. Pas même une puce de sable à dégager un ennui de l’autre. « La mer, c’est très grand et très mouillé ». Je revoyais les Strandkorb sur la Baltique, je voyais ma mère plonger dans l’eau par tous les temps, je ferais comme elle, j’en ressortirais les cuisses violacées. Je finis par jeter les cendres de ma mère dans l’Atlantique me doutant que ça lui ferait plaisir, hein, oui.

 

Nous nous voyions, petit garçon et moi, salut, salut, nous nous souriions, je prenais le temps de ça, de te voir, je te raptais, je t’emmenais avec moi à temps en répétitions, je te disais qu’une princesse pleurait toutes les larmes de son corps, tu demandais à voir ; je te cachais au vu de tous, tu t’asseyais dans un fauteuil rouge. À la vingt et unième minute, tu t’endormais. La fébrilité m’avait quittée. Il faisait chaud dans ce théâtre. C’était comme pour de vrai en mieux avec le temps changeant au plus près. Parfois des abeilles bourdonnaient après la pluie. C’était magique comme si je te l’avais lu et que tu n’entendais que le frottement des élytres.

 

 

 


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Published by emmanuelle grangé - dans sans
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commentaires

Jean-Marc 02/09/2014 15:30

Te lire fait voyager, je découvre la Cartoucherie, mets les pieds au théâtre, sens ton bonheur et la tension qui t'habite, juste avant, suis le courant de ton écriture comme on s'abandonne au
rythme interne de la mer

l e b A b e l 31/08/2014 19:05

le féminin est un genre littéraire à part entière

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