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26 octobre 2014 7 26 /10 /octobre /2014 22:26

 

 

 

 

Il faisait soleil, c’était bien. J’étais au milieu des nombreux touristes, mon cœur cognait ainsi moins fort. Je les ai suivis un moment au bord de l’eau, le long des vitrines de pains d’épices, puis les ai quittés.  Parfois il y avait indiqué cul de sac, j’arrivais à un grillage, quelques voitures garées. Les haras sont devenus un complexe hôtelier chic, visiblement, un gros grand gars en costume sombre accueille les clients, un autre le rejoint, sort les valises du coffre des voitures. Je me rappelle Baal mis en scène par André Engel dans ces haras. J’entends, je sens encore les chevaux, comme avant, une oppression de trop d’odeur, étranglée. La pelouse devant est verte, rase, entretenue. À peine plus loin, l’hôpital, la faculté de chirurgie dentaire, mon amoureux habite rue du Bain-aux-Plantes, il franchit le quai Finkwiller, il va en cours. Sa mère nous envoie de Tunisie des gâteaux très gras, très sucrés, c’est bon.

Je devançais tous les noms de rue, tout me rappelait, la boulangerie aux croissants qui feraient mon repas de la journée, la place du Foin, la rue des Orphelins, la rue Ecarlate, la manufacture du Tabac. Je prenais en photo le balcon par lequel s’échappait Zoë, la chatte maligne qui attendait le soir sur le terrain vague mon appel, s’y figeait, attendait mes bras qui la ramenaient à la maison.

Comme je vous voyais, mes fantômes chéris, comme vous étiez vivants ! Comme on vous avait repeints, transformés, laissés au temps, ou débarrassés !

Je me croyais hors le laboratoire chéri du théâtre – à cette époque, je répétais une chose étrange, pointue d’après l’auteur Walser. Je retrouvais toutes les rues, les instants, j’étais peintre, écrivain, je chantournais les paysages à ma façon. J’étais actrice. Parfois je n’osais, j’étais contemplative et m’endormais. Je rêvais, c’était toujours joyeux, le réveil juste pesant. Mon frère n’en faisait qu’à sa tête, moi pareil. Nous avons flotté, nous étions ce que nous rêvions. Je répétais mon texte.

Il me fallait l’eau, je ne demandais pas l’Atlantique, simplement un cours d’eau, je longeais le bras de l’Ill à l’ombre. À l’ombre, il n’y avait âme, jusqu’à la prison d’antan; il y avait des canards effrontés, civilisés, blasés et pleins de couleurs.

Ce dimanche ou un autre, je retrouvais des traces, des odeurs, impalpables. Il faisait soleil et rose et ombre sur la campagne alsacienne, les écorces des arbres s’effilochaient, du tendre apparaissait prêt au gel. Puis les immeubles urbains obscurcissaient le ciel bleu, puis je m’enfonçais avec mon ami dans les fauteuils du cinéma. Le Paradis d’Alain Cavalier. Puis nous étions heureux après, et plus longtemps qu’après.  Je crois qu’Alain Cavalier dit à la fin du film, ça va bien. Oui. C’est ça.

 

 

 


 

 

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Published by emmanuelle grangé
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l e b A b e l 27/10/2014 08:43

Rendez-vous dimanche prochain, à la Neustadt, pour dans le calme du shabbat mélangé aux différents offices dominicaux, tandis que l’esprit sans confession déguste le repos, embrasser le temps sous
les ombres wilhemiennes, entre deux gorgées volées aux verres démarquant l’espace des rencontres.

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