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1 février 2011 2 01 /02 /février /2011 22:54

     

 

 

 

 

        C’est toujours, il faut toujours que ce soit un grand champ noir bien gelé pour qu’à la tombée du jour on renifle à pleins naseaux et jusque dans les cheveux deux jours durant la soupe de betterave battue dans  la crème aigre et le carvi.

 

Les chiens ne font pas des chats, le gamin chapeauté de son casque de cosmonaute suivait à la botte son père qui ratait plus d’un lièvre, plus d’une perdrix en son fusil bourré d’histoires. Le jour du chasseur prenait l’eau dès les six heures matinales lorsque l’homme remplissait de cartouches sa ceinture et oubliait celle-ci en nouant l’écharpe au cou de son fils. La saga des paysages pouvait alors rouler jusqu’au sel de la Baltique et le ciel se trouer de plomb et de dégringolades de plumes, les deux bonshommes marchaient sur la lune des champs de betteraves, le plus vieux racontant le cri du coq de bruyère qui lui avait lacéré le cœur, et gros comme ça il était son cœur de regrets et si mince qu’il ne lui restait plus que des appeaux, le plus jeune embuant son casque de j’entends-rien. La journée était rude, l’horizon tout pareil, des légumes à enjamber, des mottes de terre à écraser, figurez-vous ! Ils déjeunaient de Bratwurst chez Jan, puis repartaient jusqu’à ce que le noir des champs déteigne sur le ciel ; aux flambeaux, les hommes décomptaient, se partageaient le gibier, claquaient les coffres des voitures. Ils avalaient la soupe et repartaient pour Berlin où le mur croulait et leur imposerait un retour définitif à leurs oignons. Le gamin dévissait enfin son heaume qui l’avait protégé et des pan-pan-pan et du breuvage rouge épais, il s’endormait sur le siège arrière de l’Opel noire alors que son père lui serinait Wer reitet so spät… ou un air du Trouvère. Demain il ferait jour et la mère plumerait le lot de consolation du chasseur ne sachant pas chasser.

 

J’ai rencontré cet homme de temps en temps, réellement, épris de ce pays, aujourd’hui je le sais, il parlait souvent du coq de bruyère et du métier de garde forestier, il me disait, la géographie, c’est très important ; tiens ! dis-moi où se trouve Schwerin ! Et pendant que je suais ma réponse, il sifflotait Verdi. Je crois bien qu’il était espion ou diplomate, un truc comme ça. Quant au gamin, il va, je l’aime comme un frangin, alors, c’est dire.

 

 

 

 

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Published by emmanuelle grangé - dans à vous
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commentaires

ocielan.over-blog.com 20/02/2011 18:17


Tu orientes, tu désorientes ... J'adore. Et puis aussi toujours cette impression que ceux dont il s'agit vaquent au bord d'un monde, sur une limite franchissable/infranchissable.


Sybille de Bollardiere 14/02/2011 08:36


Belle géographie qui ressemble à celle qui m'attend demain dans un village oublié où les mots (les tiens, beaux comme ici les miens et tous ceux qui voudront bien) sonneront les heures.


Seb (Skarod sur Myspace) 07/02/2011 11:24


Le coeur sourit de bons souvenirs! Toujours!


guardiola 06/02/2011 19:11


Merci pour ces délectations. Faut le faire lire à Michel Delpech, ce texte, il ne chanterait plus Le chasseur, "alors, c'est dire!"...


Thierry Benquey 06/02/2011 08:51


Ils avalaient la soupe et repartaient pour Berlin où le mur croulait et leur imposerait un retour définitif à leurs oignons

Oh la belle phrase.

J'ai beaucoup aimé cette partie de chasse et les souvenirs qui s'y accrochent comme des lambeaux de brume. Merci.
Amitié.
Thierry


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