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28 octobre 2013 1 28 /10 /octobre /2013 11:10

 

 

 

 

Le potage pékinois était brûlant et très épais, le serveur gentil qui voulait bien encore m’accorder son attention à 15h. Je m’étais installée à une table pour deux, gentille et pas dérangeante, entre deux derniers clients, chacun à sa table, l’un qui sirotait la fin de sa bouteille de rosé de Provence, l’autre la fin de son pichet de rosé. Au milieu d’une conversation pâteuse, pas dérangeante :

  Je suis un Parisien vrai de vrai, les autres, ils sont partis en banlieue. Moi, j’ai vécu dans le 11e, c’était bien aussi. J’aime pas le 20e.

  Tu positives toujours, Saïd. Je vois bien que t’as de la souffrance au fond.

  C’est possible, qu’est-ce que tu veux, c’est comme ça.

  Je vois bien.

  …

  T’es malheureux.

  Pas vraiment. J’ai perdu mon père et ma copine en trois jours. C’était en…    Oui, c’était y a deux ans, en juillet. J’ai retrouvé une copine. C’est la vie.

  Ça se voit.

  …

  Allez, je m’arrache, ma belle-mère m’attend.

  Ha ! Ha !

  Elle est gentille, ma belle-mère, elle est même drôle maintenant.

  Ah ! C’est bien. Je t’offre un verre, Philippe ? Tu nous mets deux sakés, Ning !

 

Le plat de légumes était plutôt réussi. Avec toutes sortes de champignons et pas trop de pousses de soja. D’une autre salle, une femme que je n’avais pas encore aperçue sortit, très droite, très mince, très grande, à petits pas chaloupés, d’une élégance intacte même lorsqu’une de ses chevilles se déroba, lorsqu’elle se rattrapa de justesse, une main sur l’épaule de Saïd, qu’elle congédia de l’autre main et Saïd et le serveur prêts à lui offrir leur soutien inutile. La belle sortit, lentement, un sourire pour Philippe qui lui ouvrait la porte.

Puis Philippe et Saïd, désormais à la même table, discutèrent de chance, de pas de chance ; il était question d’un billet gagnant trouvé dans la rue alors qu’on était en pleine mouise, d’un ami accueillant retrouvé 20 ans après par hasard dans la gare Saint-Charles alors qu’on venait de perdre son portefeuille. Ning leur apporta encore deux autres sakés, je lui demandai mon adition, je leur sus gré, à tous, de n’avoir sollicité que ma sincère curiosité de passage. Ils avaient fait comme si je n’étais pas là, un peu comme on rêve le théâtre, avec générosité, un peu de faux et une juste distance. Il y avait même des rôles pour les femmes dans ce répertoire-là.

 

 

 


 

 

 

 

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Published by emmanuelle grangé - dans sans
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commentaires

l e b A b e l 08/11/2013 20:30

Eh bien, moi, j'ai compris. Mais j'aime les archives.

emmanuelle (l'autre) 08/11/2013 19:07

les décors de sont pas de Roger Harth et les costumes non plus de Donald Cardwell visiblement !!

blague que ne peuvent comprendre que les plus de .. ouf... au moins...

Je te félicite de ce théâtre de ce soir, bises

le babel 28/10/2013 11:31

Est-il un seul coin où tu ne regardes pas le théâtre du monde ?

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