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16 mars 2012 5 16 /03 /mars /2012 11:10


 

Surtout essayer de ravaler les larmes en renversant la tête en arrière, sinon, avec ou sans mascara, c’est foutu pour la devanture. Il giboule à Paris et ailleurs.

J’aimerais me mascarer. Si je ne le fais pas, c’est uniquement par forfanterie, par manque de temps et de savoir-faire.

Se maquiller est une histoire ancestrale, voyez les Fayoum.

J’ai essayé les couleurs claires autour des yeux, des mordorés virant aux roses, mais cela piquait, finissait par gonfler et tatouer alentour, des jours et des jours… J’ai dit non à la maquilleuse qui prétendait que, sous les projecteurs froids, ces pigments chauds égaieraient le tragique de la situation. J’ai pris un crayon…

J’ai essayé le khôl en poudre offert dans un étui en bois ciselé, c’est alléchant et de toutes cultures, paraît-il. Puis, j’ai lâché mes cheveux enduits de boue sur les terrasses de Venise. Je suis devenue orange l’espace d’un long apaisement des paupières. J’ai rêvé. J’ai commencé à tracer…

J’ai cerné de blanc mes yeux. Rouges vaisseaux sur blanc, tout foutait le camp. Sous le trait de crayon gras carmin, ma bouche est devenue grande, grande…

Et tant que j’y étais, que la mine y était, je me suis dessiné un nez rouge. J’ai fini par parler à tort et à travers ma large bouche peinte…

Parfois, des gens de tous horizons riaient. Parfois, on aimait à la renverse mes gromelots,  souvent on essayait de me soutirer la recette de la bouche, j’aurais pu devenir une Elizabeth Arden, une Mary Quant. On me parla du clown Grock. Je me suis renseignée. Je ne joue d’aucun instrument et je suis plutôt distraite, le numéro du tabouret percé m’aurait valu dans le tibia un clou que j’ai déjà -en titane- dans l’humérus gauche. Je tente de partager mes strates engrangées dans des classes « option théâtre ». Les classes de seconde sont épuisantes, les élèves y arrivent, en majorité, par défaut: plus de place en section économie ou en section labo ni en section high-tech. Certains parents envoient leur progéniture en Théâtre, convaincus qu’après quelques scènes de comédie ou de tragédie, l’enfant sera capable de postuler, le verbe fier, oui ou merde, à un métier sûr, pérenne, prometteur d’avenir blindé. Les classes de seconde au lycée Saint-Machin sont terribles. Il règne pendant ces heures de cours un gazouillement permanent, insipide, gonflant. Un ennui de grosses mouches à la dérive. Pourtant lorsque Géraldine s’avance sur scène, un ange et la désolation passent. Ce qui est sorti de ma bouche a été perçu par celle dont la seule insolence est d’interpréter son travail intime et les quelques consignes théâtrales venues de mes strates sélectives.   

Je graissais mes lèvres contre le couinement. Le printemps, les allergies et tout le tintouin rouge pointaient leur museau. Comme j’avais deux yeux, un nez, une bouche, dix doigts au milieu de la figure, je continuais à penser et à écrire de l’entêtement. Sur la terrasse, un jasmin avait crevé, pas l’autre.

 

 

 

 

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Published by emmanuelle grangé - dans sans
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commentaires

anatole2011.over-blog.com 25/03/2012 00:02

Graphein, qu'est-ce que cela veut dire? Je soupçonne un rapport à l'écriture à la main, quelque graphie mystérieuse, le maquillage, par exemple!
Toujours ému de lire sous les strates, la beauté sans fard d'une vie.

patrickdreux.over-blog.com 18/03/2012 15:39

Tu en vois de toutes les couleurs, mais ta plume tiens la route et s'entête, ta fantaisie est toujours vagabonde, et je suis toujours surpris

Karnauch 17/03/2012 10:50

Oui, à force d'engranger tes strates (oh, mais pardon pour le jeu de mots!) tu t'accordes un joli droit de vagabondage... tiens... je vais me maquiller... pour voir...

Sybille de Bollardiere 16/03/2012 17:00

Juste un visage comme une page blanche dans l'écrin des cheveux et pour l'écriture, le temps et la lumière...

le babel 16/03/2012 11:30

Ni Nolde, ni Mondrian, de fait, ne me semblent pas aptes au surlignage des yeux. Les Fauves, eux, auraient eu quelque chose à y dire. Glam Rock Bowie ou Magic Circus, tous les matins, les salles
d'eau sont des loges d'où parfois saillent des divas.

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