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21 novembre 2010 7 21 /11 /novembre /2010 14:51

Haïti, balle perdue

 

 

Prenez garde, vous !, entendis-je dans le courant d’air immonde du wagon métro parisien ligne1. Je me raidis, relevai le chef, boutonnai le col de mon manteau, à ma droite, une réchappée du choléra, en face, de gros genoux nus qui rabattaient les miens sous le siège. Position inconfortable, diriez-vous ? Fi donc, je revenais à pied d’un cours de gym, Jussieu-Bastille, fesses, dos, chevilles, cheveux exacerbés, yeux pétillant du muscadet d’après pris au comptoir du Petit Muscadet avec l’amie sportive B… (je reste anonymophile, là, est mon ultime révérence bien élevée, paix à mes parents), j’étais donc la fière de corps, la moins pensante de tête –pour une fois, pour une fois, que cela dure, repos, repos…-, j’entendis, pire, j’écoutai l’homme aux genoux nus ainsi hurler: prenez garde, vous !  Un instant je crus devoir alerter, ciel, si bien étais-je in corpore tutti (ceci pour faire encore weinen cher b… de myspace), le psy, le Samu du métro, si secouriste tant mon dos après ce cours de gym s’était tu, mais psy y avait-il et gratuit de surcroît, et misère, misère ? car l’homme aux gros genoux à l’oreillette vissée était de short vêtu, certes de grandes chaussettes dans les sandales, mais, quand même, le vent giflait le baromètre ce 19 novembre. J’avais tant de biceps à dégonfler pour le quidam de la soupe populaire, tant d’ailettes à rapatrier sur l’autre moins chanceux, moins sportif, tout de même oreilletté –diable, me dis-je, d’où lui vient ce téléphone portable, d’un trafic à Montreuil ? d’un vol à l’arrachée ? en nus-pieds, voyons, voyons !-  tant de bontés insoupçonnées gratuites en moi que je prenais l’autre à mon image inventé du malheur quotidien, du malheur advenu d’un coup sur la caboche. L’homme en tongs admonesta encore vif son interlocuteur-mobile et s’enfuit de la voiture à la station Reuilly-Diderot, l’appendice téléphonique flottant dans le courant d’air immonde, sans que j’ose rehausser le genou. Il en alla ainsi de mon dos courbé d’un coup et de la dame ex choléra qui ne moufta mot et cil jusqu’à ma descente Saint-Mandé, Saint-Mandé, Saint-Mandé (oui, trois fois chanté car en cette porte de Paris gît un institut pour aveugles).

 

 

 

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Published by emmanuelle grangé - dans la nuit
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commentaires

Llanafan 02/01/2011 17:27


Haïti a de gros genoux parce que relativement la viande est si peu épaisse sur les hommes souffrants, il ne leur reste souvent que les os


lilas kwine 28/11/2010 09:32


tu réalises le miracle de me donner l'envie; l'envie de me rapprocher d'un certain quotidien


Stipe 22/11/2010 10:56


Un institut pour les aveugles ? Mieux aurait valu être sourd que de lire sur les lèvres de ce malpoli qui... braille.

j'aime toujours quand tu écris échevelée.


Thierry Benquey 22/11/2010 08:52


C'est aussi mon lieu de naissance, par le plus grand des hasards d'ailleurs mes parents habitant à Choisy-le-Roi en ce jour de juin d'il y a bien longtemps.
Amitié
Thierry


emmanuelle 21/11/2010 20:32


dire que les voyages forment la jeunesse... le métro force le réel ! surréaliste récit et tant de sous-entendus...


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