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2 février 2012 4 02 /02 /février /2012 13:54

 

 

 

Adviendrait le frimas. Février serait le mois le plus froid.

Pas  comme se le rappelait ma mère haletant dans la neige.

Avec le grand chien Ajax au bidon de lait accroché à son cou.

Le liquide renversé sur le tapis nature, le poil de la bête jappant.

À la joue de ma mère à genoux dans la neige.

Ajax sous le manteau, son museau frottant le mohair.

Le sourire de la femme, ses yeux mi-clos léchés.

Ses cheveux blond cendré lisses voletés par le chien.

Pas comme les miens.

Sur les bords du Neckar gelé, pas que lui, eux aussi.

Est-ce ainsi que les chiens aiment puis repartent

en février d’une année, le lait aux babines

trop retroussées pour l’avènement ?

Piquée de jacinthes écloses, la commode se gonflait de layette

D’un hochet grelin grelin

D’une photo de chien.

Un chien loup, disait-on alors, un berger allemand.

Pas comme l’étoile, mais quand même, aurais-tu pu dire

au garde-chasse qui flatta la bête

avant de l’emmener, roulent les larmes,

au pied de la tour de Hölderlin

chez un boucher comme dans la nouvelle de Zweig,

pas comme en littérature mais presque.

Ça ne rassure pas et c’est joli.

Adieu lait rapporté aussitôt renversé sur les coteaux de Tübingen.

Elle me parla de toi, commis épicier aboyeur,

Dans une de ses histoires qui bordaient mes nuits.

Elle me montra du doigt, c’est pas joli,

l’homme et la bête qui dormaient près du Imbiss Bratwurst.

Ne l’oublie jamais, disait-elle.

J’enfouissais mon museau sous son manteau et n’oublie pas.

Bon sang, mais où est-elle, la photo de toi au ventre rond et d’Ajax dans la neige

à quelques pas de ma naissance ?

Entends-tu, y es-tu ?

Bon anniversaire, Jeanne-Gabrielle, j’aimerais t’embrasser et le dire sous ton pull.

Encore.

 

 

 

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Published by emmanuelle grangé - dans histoire de famille
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commentaires

Llanafan Llan 11/02/2012 09:02

Il y a des photos qu'il faut perdre pour bien s'en souvenir

hervé pizon 10/02/2012 00:20

comment ai-je pu oublier de commenter ce texte et puis comment le commenter ? c'est frappant de beauté avant les trois points jaillissant du passé au présent.

GUARDIOLA 04/02/2012 12:20

Entre délices de sourires et gourmandises de vocables...
Ci-dessous, un voisin tien, pas que géographiquement, je crois:

http://www.lemonocledemononcle.weebly.com

Je lui ai parlé de toi.

Karnauch 03/02/2012 09:55

Les points puis pas les points, qui se distillent en virgules? il a vraiment fini chez le boucher, Ajax? (comme dirait Pierre Bachelet, dans une chanson touchante quand même), là, c'est une belle
navigation entre petites touches formelles et fond touchant, on navigue entre les pointes de la mémoire.

emmanuelle grangé 03/02/2012 10:52



oui, je n'ai pas assez bien relu ! Manquent les non-majuscules parfois ! je ne sais où a fini Ajax, auprès du boucher, c'est dans la nouvelle de S. Zweig : le chien délaissé serait parvenu à
précipiter le landau avec bébé dans un lac... Eh bien, toujours merci de tes lectures précises, ami Rémi.



Paul Beaupère 02/02/2012 21:52

Délicieusement frais.

emmanuelle grangé 03/02/2012 10:57



suis allée voir votre blog dessins. Votre légende à mon blog, parfait, comme quoi l'absence de photo vaut bien quelques mots. Merci !



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