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12 janvier 2010 2 12 /01 /janvier /2010 14:08

J’étais pilote de ligne, je vis un papillon glacé, non pas un flamand rose, je le jure, entre un cumulus et un ostracisme. L’élytré portait une aile endeuillée, bleutée,  à contre-courant. C’était mon dernier vol haut dans la ouate en zone ouest des fortes précipitations. L’autre aile gravée d’un nom au givre.


Je transportais un chargement précieux de cristaux, des repose-couteaux en provenance de Charleville  à débarquer sur l’aéroport de Zanzibar. Du verre en barre.


C’était à l’époque où je m’y croyais dans cet infini sentiment, où j’avais chopé pour une éternité un alter tout en profil silencieux, où je savais que le bleu de la porte s’ouvre… C’était lorsque je me chapeautais du titre de reine Botzaris en planant sur le parc du même nom, le roi à ma bouche. C’était lorsque je croyais qu’entre quat’ yeux vaut mieux que deux  vairons. C’était lorsqu’il pleuvait et que j’usais de peau de chamois pour sécher ma carlingue. C’était tout là haut vers le paradis sans palet de marelle. C’était possible.


J’étais pilote de ligne, je mirais des soleils, je convoquais des kaléidoscopes, j’entassais des nuages. Mano a mano , tout cet amas devenait espagnolade fortifiée. Je visitais des contrées insoupçonnées, j’aimais, j’aimais ! Parfois tout ça battait de l’aile, mais mon Pégase était sans peur ni reproche.


J’étais pilote de ligne ou copilote, entre quat’ yeux.


J’étais astigmate,  loupée de lentille pourtant


Je vis trop tard le papillon de verre


fendiller en mille-feuilles  mon pare-brise


J’éteignis le moteur


En dernier coup de rein


je pensai


Rimbaud n’est pas mon poète préféré


et d’un


Comme j’aime cet homme


et de deux


Je priai


commençai par :  Ô…


puis sombrai si vertige dans le sommeil.

 

 

 

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Published by emmanuelle grangé - dans la nuit
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commentaires

soleildebrousse 15/01/2010 15:53


où le texte en forme pyramidale inversé s'accole si bien à ta pensée.
Je dois avoir les nerfs à fleurs de peau en cette fin de semaine pour avoir ainsi les yeux qui papillonnent luttant contre les émotions trop faciles.


hervé pizon 14/01/2010 09:07


cependant "encore".


Stipe 13/01/2010 22:43


comme je te retrouve là, sous cette plume-doigt que je reconnaitrais entre mille, et une nuit.

et dans tes commentaires tu me fais rire. "c'est toujours ça que les boches n'auront pas" disait mon grand-père en revenant des cabinets. Dieu ait son âme et lui garde une place près des toilettes.


Thierry Benquey 13/01/2010 10:57


Weil du ein heilige Gefäss bist. Nous sommes le Graal, certains s'acharnent à mettre un couvercle dessus, toi tu as laissé ouvert et par cette ouverture pénètre l'esprit et par cette ouverture
déborde l'esprit. So einfach ist es.
Je t'embrasse et merci pour ce texte, tu sais comme j'aime les papillons.
Amitié
Thierry


emmanuelle grangé 13/01/2010 11:52


je téléphonais donc illico à Christian, je ne sais lequel est le plus bavard de nous deux !, j'envisageais d'ouvrir un cabinet de voyance es poétique !, nous avons parlé de toi, Thierry, qui a eu
la bonne idée précieuse un jour de me suggérer un overblog. Il y fait un peu plus chaud que dans les courants d'air de myspace, c'est un bon refuge à l'abri du tapage rieur, certes, mais trop
bruyant parfois. So einfach ist es, hast recht, mein Freund !


christian B. 13/01/2010 01:15


De ce coin de ciel où surgissent les foudres, où, du coup, il est quelque bien rare papillon pour déchirer ainsi le cockpit,jusqu'au parc surplombé, parcouru en long/proche courrier de toi,ici en
cette émouvante et souveraine cargaison poétique... comme un écho brûlant pourpoint sur ligne "Botzaris" (Mano S.),là où "tant qu'il y aura des bancs, reste un pays de sentiments".
Le fait est que de toutes destinations, sur terre comme dans les airs, tu nous invites ainsi, toi, à visiter bien "des contrées insoupçonnées". La poésie,oui, tous moteurs turbinant en lignes de si
fort pilotage, n'en finit pas de (faire)voyager!


emmanuelle grangé 13/01/2010 10:22


j'étais en train de me dire que j'allais mettre en italiques comme ça mano a mano après avoir lu ton si fort commentaire, puis je me demandais aussi pourquoi tu parlais de Mano Solo à
propos de Botzaris, je vis alors qu'il existait une chanson de titre... Christian, j'ai écrit ce texte sans le savoir ! Comment cela se peut-il ? Je n'ai jamais voulu écrire un texte sur cet homme
et encore moins sur sa disparition ! c'est incroyable... 


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