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16 octobre 2013 3 16 /10 /octobre /2013 00:00

 

 

 

 

le silence

 

 

 

Je décidais le silence, le petit détestait le bruit du mixer.

Je revois les patins en feutre gris dans l’appartement de mes grands-parents.

Je revois les violons accrochés aux tentures velours carmin de Suzanne Payern, à Malakoff.

J’étais sous la table de la salle à manger, à lire ou à murmurer. L’ouvre-boîte entamait le couvercle de la crème Mont-Blanc dans la cuisine. Je priais pour que le parfum d’aujourd’hui soit le caramel. J’entendais Édith racler la conserve puis mettre le dessert dans un ravier au frigo.

Je ne sais plus pourquoi j’entrais chez Suzanne qui posait un doigt sur sa bouche lorsque nous écoutions Pablo Casals. Je frappais, elle ouvrait.

Il m’arrivait d’aller rendre visite à la tortue Caroline, je sonnais à la porte de Fräulein Wagner, j’annonçais « je viens prendre le thé » ; j’avais bravé le chat méchant au coin de la Müllerstrasse pour arriver jusque là. L’amie de ma mère téléphonait à ma mère, je l’entendais. Je pouvais rester à chercher Caroline dans la verdure de la véranda.

Je disais à Édith et à Eugène que le chat m’avait griffée et qu’on l’avait tué. Ils me plaignaient, je baissais la tête. Puis, en patins, sur le parquet je m’élançais et osais : comment va, Alain Calmat ? Ça les scotchait pour un moment.

Un jour, sans musique, je conviai mes parents au spectacle : en voile rouge sur la tête sur les bras, je déclinai une danse sud-américaine, je fis une chute remarquable, ma mère éclata de rire. Je décidai que les cours de danse ne seraient pas pour moi. Je m’enfermai longuement dans ma chambre, je pris un carnet et écrivis une histoire de mouette gelée en plein vol au-dessus de la Spree. C’était décisif et somme toute joyeux. Il neigeait calme, je me souviens. J’avais huit ans ?

Je mis un chapeau plein de fourmis sur la tête de mon frère encore bébé. Quand l’enfant exprima le premier désagrément, je lui ôtai le chapeau et le consolai.

Je n’utilisai pas le mixer, je coupai au couteau les légumes cuits, l’enfant suivait mes gestes. Nous mangeâmes ma soupe. Je l’entendis déglutir, la nuit arrivait, c’était en automne, le 15 octobre 2013, je crois.

 

 

 

 

 

 

 

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Published by emmanuelle grangé - dans sans
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