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28 juillet 2013 7 28 /07 /juillet /2013 14:53

 

 

 

 

Cette urgence-là s’est arrêtée dès l’arrivée à la porte des Cévennes, dès la gare d’Alès.

La jeune femme avait les épaules nues, hâlées, des petits points de rousseur, sur les pommettes aussi. Nous avons longé le Gardon, nous nous sommes faufilées sur le pont des Camisards, nous pouvions entendre la joie des enfants dans la rivière. La jeune femme conduisait habile la grosse voiture. Nous sommes montées au Foussat. Le chien sembla me reconnaître. Le micocoulier avait repris une folle ampleur depuis l’élagage, on pouvait encore distinguer le périmètre du potager rasé comme s’il était en jachère, comme s’il attendait encore toujours la trop brutalement disparue. C’était l’heure où elle aurait déroulé le tuyau d’arrosage, examiné les tomates, elle aurait rapporté des courgettes, on en aurait soupé. La véranda était vide, restaient l’arrosoir et quelques godets vides, poussiéreux. Le soir même, nous dînâmes nombreux de viande grillée au barbecue qu’elle n’aurait supporté et de tian sur la terrasse. Le matin, on balaierait toutes sortes de bestioles voletantes mortes au petit jour dans le séjour. Le lendemain, un adolescent se mit à son piano. Dans le jardin, le thym, le romarin, la sauge avaient disparu, la tondeuse n’avait eu aucune pitié, seule la menthe avait su s’incliner pour mieux se redresser, le massif d’hortensias se pavanait, elle avait en horreur les hortensias – pourquoi ne l’avait-elle pas arraché ? Le jeune abricotier se débrouillait de son abandon, personne ne s’en souciait, les orages d’été l’abreuvaient, il portait quatre fruits verts.

La jeune femme dormait dans sa chambre au rez-de-chaussée. La tomette était fraîche, les volets presque fermés, on distinguait les livres rangés avec soin sur les étagères, quelques photos, un secrétaire, une coiffeuse, une armoire fermée. Le lit y flottait. Le chien veillait. Au premier étage, j’entendais les cigales s’endormir, se réveiller avec moi, je rêvais lourdement.

Au jardin, il n’y avait plus personne, les larmes se confondaient avec la transpiration, se noyaient dans la piscine gonflable où un enfant riait, pataugeait sous le regard de sa grand-mère sous le micocoulier qu’il faudrait élaguer, râlait-elle.

L’urgence d’écrire m’avait quittée.

 

 

 

 

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Published by emmanuelle grangé - dans sans
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commentaires

lyonnel 05/08/2013 16:10

L'urgence d'écrire, elle vous quitte mais vous surveille toujours.

sybille de bollardiere 29/07/2013 08:20

Si juste, si beau que pas une image ne nous laisse indifférents...

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