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28 mars 2010 7 28 /03 /mars /2010 16:55



L’habitude de la tendresse

 


Puisqu’il faut se précipiter autant respirer et rater l’ouverture de la salle du musée des Beaux-Arts de Dijon où crèche Le souffleur à la lampe, oublier qu’à Colmar aussi le retable d’Issenheim ne se visite pas le mardi.

Ce qu’elle fit.


Louper la tige sèche du géranium à s’entailler le doigt au sécateur.


Ne pas répondre au téléphone pour humer d’un seul nez le poivre sous le marché couvert.


Lire plus tard que la maison à balcon de bois noir oxydé est la nommée Pfister.


Voir Zina jupes retroussées ramasser les pièces des touristes jetées d’un pont de la Petite Venise et son souteneur en habits du dimanche.


Se perdre dans la gare pour ne toujours pas comprendre l’orientation de l’hôtel, opter pour une sortie et, par chance, la bonne.


Lorsqu’il fit noir, il se mit à pleuvoir, il prit le sens giratoire. La ville est une gidouille, vrai. Ils ne distinguaient plus que la route sous les phares, les bâtiments se débarbouillaient du soleil de l’après-midi. Savait-il en regardant droit devant lui que, de cette promenade en rond, elle se délesterait au gré des minutes qui la séparaient d’un café, d’un bouclage d’une énième valise, d’un défilement de paysage, de la torpeur qui la maintenait, rieuse, au milieu des agités ? Comme il y allait de vitesses, comme il étalait cette petite ville, droit devant lui. Parfois ils parlaient. Parfois tout prenait l’allure d’un roman où il était question d’un épiphénomène qui développerait un genre perdu, l’épique. Des enseignes imperméables changeaient une ou deux lettres à leur titre, elles épinglaient plein feu la fable de chaque chapitre : Aux deux RaVis, Les serpillas du VainC- Amour, L’Absinthe, j’en illusionnais d’autres en leurs souvenirs phosphorescents.

Lorsqu’il fit noir, elle en grilla encore une et jeta le mégot au nocturne ; elle demanda aux canards couinant si la route huilait : sœur, le cours verdoie et la tendresse poudroie.



CIMG5039.JPG 

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Published by emmanuelle grangé - dans à vous
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commentaires

Stipe 07/04/2010 21:40


un titre qui te va à merveille... Et tant de beautés encore, dans ce texte ci.


John Peter B. 03/04/2010 10:46


toute allusion au retable de maître Grunewald a ma sympathie !

(dis, fausse manoeuvre, j'ai effacé ton commentaire sur ma page ! (ne jamais lire ses messages le matin au pas-réveil)


Thierry Benquey 29/03/2010 11:25


Le retable d'Issenheim n'a pas l'auréole modeste, bien entendu rien à voir avec l'ergot de seigle des Antonins et des sorcières de Salem. Ou bien ?
Merci pour ces lignes, cette tendresse habituelle. Sourire.
Je t'embrasse.
Thierry


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