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7 avril 2013 7 07 /04 /avril /2013 19:56

 

 

 

Écrire à chaud, écrire à froid, on évitera le tiède qui entretient, certes, la peau, mais la rend si commune. On peut ne pas voir le trac rosé sur le décolleté de l’actrice avant l’entrée en scène, l’actrice l’aura poudré, l’actrice a sa pudeur, elle tient, comme à la prunelle de ses yeux, à son titre de messagère, elle enrobe ses rougeurs, elle prétexte un auteur, elle revêt un tissu, elle a travaillé par cœur, elle a peur de tout et de rien aussi.

Elle écrit de cet instant qu’elle n’a toujours pas dégluti, arrivé en éclaireur sitôt reparti. Elle tente de retracer le contexte, le pourquoi, le comment. Elle sait qu’à chaque revoir, elle est joyeuse, elle embrasse son amie comme jamais, qui l’embrasse comme jamais. Il commence sans doute aucun ainsi, ce moment à étirer ensemble, choisi au calendrier, imprévisible. Elle y retrouve des visages, des noms, presque des profils. Elles ont une conversation vite abrégée avec une dame grise qui parle de crêpe au foie gras et de son mari directeur d’un blême canard lorsqu’elles en grillent une sur la terrasse.  Elles ont la nuit à dégoupiller. Et le teint couleur peau. Il est des connivences crochues délicates. Elles gloussent et donnent le change, elles se fondent et disent. Elles dansent cet instant-là, l’une avec l’un, l’autre avec les autres, il y a des « pardon ! » tant les yeux du couple ne suivent pas les pieds et semblent se chercher. Il y a cette possibilité de l’instant à distiller car ni citrouille ni vair n’affleurent. La tentation du chaud est intense. Le doux rire d’elles dans le taxi du retour.

Puis seule sur la banquette,  elle pense au bouffadou, elle baisse la vitre de la portière, l’air de la ville est tiède, ça n’est pas plus mal, et, à son grand étonnement, l’instant perdure, obture le pourquoi du comment.

 

 

 

 

 

 

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Published by emmanuelle grangé - dans sans
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commentaires

Frank Lovisolo-Guillard 10/04/2013 15:23

Je connais ce bouffadou là !

guardiola 08/04/2013 10:40

" messagère ", " elle prétexte un auteur ", et que de bons prétextes, d'ailleurs, pour le plaisir du spectateur.

Sybille de Bollardiere 08/04/2013 09:20

A la musique de tes mots, suspendue et :-)

sophie 07/04/2013 22:24

Comme dirait la mienne:"elles font leurs filles..."ça veut tout dire!

le babel 07/04/2013 20:34

J'ai soudain eu envie de retirer ces chaussures belles et douloureuses, et aller pieds nus sur le froid de la terrasse écouter venir le matin. Le jour aussi entre en scène.

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